Mettant un terme à des semaines de tractation, les Etats européens se sont donc mis d’accord sur un nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Après les 110 milliards d’euros accordés l’an dernier, ce sont 109 nouveaux milliards de prêts que les Etats européens (par l’intermédiaire du Fonds Européen de Stabilité Financière, le FESF) et le FMI ont décidé de débloquer. Mais la comparaison avec le plan de sauvetage de mai 2010 s’arrête là : le nouveau montage financier contient en effet plusieurs nouveautés, qui témoignent d’une prise de conscience du caractère dramatique de la situation de la Grèce.
Premièrement, les conditions assorties aux prêts sont assouplies, avec des taux d’intérêts abaissés de 4,5% à 3,5%, et des prêts établis pour une période de 15 ans, contre sept ans et demi selon la formule précédente. Ces conditions plus favorables valent également pour les autres Etats ayant dû demander l’assistance du fonds de stabilité financière, l’Irlande et le Portugal. Deuxièmement, les modalités d’actions du FESF sont élargies : au-delà de l’octroi de prêts, celui-ci pourra dorénavant racheter la dette de pays en difficulté sur le marché obligataire secondaire (à la condition d’une autorisation à l’unanimité des Etats membres et de la Banque Centrale Européenne) – ce qui représente une clarification des rôles avec la BCE, qui s’était résolue à ce type d’actions qui ne font pourtant d’habitude pas du tout partie de sa caisse à outils. Le fonds pourra également accorder des crédits de manière préventive à des pays n’ayant pas demandé de plan de sauvetage, dans le but d’empêcher les risques de contagion.
La troisième nouveauté est celle sur laquelle s’était concentré l’essentiel des débats et qui réserve également le plus d’incertitudes : la participation des créanciers privés à ce nouveau plan de sauvetage. Selon les conclusions du conseil européen de vendredi, il sera demandé aux banques et autres investisseurs d’apporter au moins 37 milliards d’euros en échangeant les obligations qu’ils possèdent en obligations à maturité plus longue (le fameux « roulement » de la dette prévu dans le plan proposé par la France), ainsi que 12 milliards par l’achat de nouvelles obligations. Concrètement, avec cette participation du secteur privé comme avec la possibilité pour le FESF d’acheter de la dette grecque, les Etats européens reconnaissent que la dette grecque n’est plus soutenable. Ils organisent donc, sans le dire ouvertement, une restructuration de cette dette. Toute la question est de savoir si les agences de notation considéreront ceci comme un défaut de paiement, ce qui entraînerait un fameux « évènement de crédit » (qui déclenche le paiement des assurances contre le défaut de paiement). L’agence Moody’s ne s’est d’ailleurs pas fait attendre, dégradant la note de la Grèce à 1 niveau au-dessus du défaut.
Alors que le sommet européen de la semaine dernière, le énième d’une longue série, était attendu comme un tournant décisif, et que ses résultats ont vite été qualifiés « d’historiques », il est sûrement trop tôt pour crier victoire. La réussite du nouveau plan dépendra d’une part de la réaction des marchés financiers (et des agences de notation) à la participation des créanciers privés, et d’autre part de la capacité de la Grèce elle-même à réduire son déficit en mettant en application le nouveau plan de rigueur adopté récemment… tout en tentant en même temps de relancer son économie. On peut cependant néanmoins déceler des avancées non négligeables, en particulier le renforcement des capacités d’action du fonds de stabilité financière, qui, comme l’a décrit Nicolas Sarkozy, est en passe de devenir un véritable fonds monétaire européen. Un signe encourageant, même s’il faudrait vraisemblablement aller bien plus loin sur la voie du fédéralisme économique et budgétaire pour permettre à la zone euro de survivre dans sa composition actuelle.