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L’Europe, ange Gabriel d’une économie sans carbone ?

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Les solutions de Jeremy Rifkin pour sortir de la crise environnementale

Les 12 et 13 juin dernier, le Parlement européen organisait la deuxième édition de l’ « agora citoyenne », un forum qui rassemble 500 représentants de la société civile européenne (associations, organisations professionnelles, syndicats, think tanks). Le thème de cette année : le changement climatique. L’Agora citoyenne du Parlement européen avait ainsi cette année, le but de favoriser, comme le dit Michel Delebarre, « un changement du climat politique pour lutter contre le changement climatique ». Les différents acteurs consultés lors de cet événement ont été unanimes quant à la nécessité urgente d’une réponse politique forte dans ce domaine. En tant qu’invité d’honneur de l’événement, l’économiste américain Jeremy Rifkin a pu présenter ses plans pour le passage à une économie sans carbone. Il appelle cela la « troisième révolution industrielle » et met clairement l’Europe à la place de pilote de cette mutation. L’Union européenne peut-elle répondre à ces attentes ? A-t-elle les moyens de jouer ce rôle de leader mondial de l’écologie qu’elle prétend acquérir ? Les prochains mois seront sans nul doute déterminants pour répondre à cette question.


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Agora citoyenne

Organisée par le Parlement, l’agora citoyenne vise à faire réfléchir 500 représentants de la société civile à un thème, afin de donner des idées aux décideurs politiques

Jeremy Rifkin peut sans doute être considéré comme l’Américain le plus influent à Bruxelles. En bonne grâce depuis la publication de son best-seller The European Dream : How Europe’s vision of the Future is Quietly Eclipsing the American Dream, il est devenu conseiller attitré de nombreuses présidences du Conseil et sa théorie sur la troisième révolution industrielle a grandement influencé les stratégies de l’Union en matière d’énergie et de changement climatique. Selon lui, nous nous trouvons au crépuscule de l’ère de l’énergie fossile et à l’aube d’une nouvelle ère basée sur une énergie distribuée, c’est-à-dire un système décentralisé ou chaque maison, usine ou bureau produirait sa propre énergie, en utilisant le vent, le soleil, les ordures, les courants marins, etc. Il faut donc, selon lui, en finir avec les centrales qui distribuent l’énergie à l’échelle d’un pays et se concentrer sur un réseau dense de petites unités produisant de l’énergie à petite échelle mais pouvant également vendre et acheter de l’énergie sur le réseau. L’avantage d’un tel système est qu’il ne demande pas d’investissement massif (les technologies sont déjà disponibles) et qu’il opère à un niveau très proche du citoyen. Certains aspects du projet de Rifkin paraissent néanmoins beaucoup plus difficiles à réaliser (passage à l’hydrogène comme moyen de stocker et transporter l’énergie par exemple) et d’importantes questions sur la mise en place concrète d’un tel système persistent.

Que fait l’Europe dans un tel processus ?

Pour Rifkin, l’Europe est le laboratoire où un tel changement d’organisation de la société est possible. Il perçoit en Europe une claire préférence pour les valeurs telles que la qualité de vie ou le développement durable, au contraire de la société américaine qui prend la croissance économique comme son seul critère de progrès. De plus, la taille du marché européen permet à l’Union d’imposer ses choix de manière crédible et diminue le risque d’une perte de compétitivité globale ou d’une fuite des investissements dans les pays moins enclins aux normes environnementales. La troisième révolution industrielle s’intègre donc à la fois dans le projet de marché commun et plus largement dans un rêve européen déjà promu par l’homme de Denver, où le Vieux Continent servirait d’exemple au reste du monde.

Un agenda porteur

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Fonte des glaces

La fonte des glaces est l’une des manifestations les plus visibles du changement climatique

Le passage à la troisième révolution industrielle de Rifkin n’est pas à prendre comme un programme détaillé qui amènerait une solution transcendante pour les problèmes environnementaux. Il s’agit plutôt d’une grande vision censée inspirer les décideurs. Et dans cette logique, Rifkin peut se targuer d’inspirer Bruxelles. L’an passé, le Parlement européen a par exemple lancé un appel à une troisième révolution industrielle. Le Conseil et la Commission ont aussi passé des documents présentant des stratégies à moyen et long terme en phase avec la théorie de l’Américain. Dans la même lignée, plusieurs initiatives phares sont à présent sur la table du pouvoir législatif de l’UE et la présidence française du Conseil, qui commencera début juillet, entend mettre l’environnement au cœur de son action.

La discussion au Conseil du paquet énergie et climat s’annonce comme l’un des temps forts de l’automne. Le projet prévoit une réduction de 20% des émissions de carbones (ou 30% si d’autres pays développés se joignent aux objectifs de l’Union) ainsi qu’un accroissement à 20% de l’efficacité énergétique de notre économie et un ratio de 20% également de part d’énergies renouvelables dans notre utilisation. Rifkin voit dans cette stratégie ambitieuse un premier pas vers la troisième révolution énergétique. Les choix du Conseil seront décisifs, avec cependant un risque réel quel le plan soit vidé de sa substance. La révision du Marché des permis d’émission de carbone (ETS) est également un des points sensibles de l’agenda législatif. Le marché du carbone est en effet un élément crucial du package énergie et climat. Le système en place, qui a déjà donné quelques résultats, ne pourra être considéré comme un succès que s’il il est suivi par un plan plus ambitieux.

Crédibilité à l’étranger, légitimité en Europe

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Hydrogen Economy

Outre le best-seller «The European Dream», Jeremy Rifkin est également l’auteur de «The Hydrogen Economy», dans lequel il présente sa théorie de la troisième révolution industrielle

Un développement favorable dans ces domaines permettrait à l’Union d’aborder favorablement la conférence internationale de Copenhague, qui, en 2009, réunira les pays membres de la Convention de l’ONU pour combattre le Changement Climatique (UNFCCC). Cette réunion constituera une opportunité de plus pour tenter de rallier les différents pays et éventuellement assoir l’Europe dans le rôle de leader écologique que Rifkin lui donne. Si l’Europe peut prouver qu’elle est capable de lancer des réformes ambitieuses pour assurer un développement durable tout en assurant la croissance économique, il est probable que les autres parties suivent le pas.

Pour Bruxelles, il s’agit également d’une question de légitimité interne. L’environnement est sans doute un des domaines d’actions où l’Union a le plus de champ pour développer cette légitimité et dès lors, une plus grande acceptation par ses citoyens. Les derniers Eurobaromètres placent l’environnement au sommet à la fois des sujets le plus préoccupants pour les citoyens et des attentes d’actions communautaires à ce niveau. Il est évident que le contexte est favorable pour entreprendre des solutions de grande ampleur pour un développement durable. Et, du fait de la globalité du problème, Bruxelles peut s’avérer bien mieux armée que ses Etats membres pour agir dans ce domaine.

L’Agora citoyenne du Parlement est donc un élément positif dans l’optique d’impliquer le citoyen dans les politiques climatique. Elle a permis de remontrer la demande des citoyens d’actions forte dans ce domaine et d’entrevoir l’engagement de Bruxelles à répondre à ces attentes. Il importe maintenant que toutes ces promesses ne restent pas lettre morte. Auquel cas, la faiblesse du lien en les décideurs européens et les citoyens pourrait se muer en réelle frustration durable et hostile.


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Julien DE FRAIPONT

Julien de Fraipont a effectué ses études en Sciences Politiques à l’Université Libre de Bruxelles, à l’University of Victoria (Canada) et à la Katholieke Universiteit Leuven. Il a ensuite complété sa formation par un Master en études européennes au (...)

Sur internet

Forum de l’agora citoyenne
Site du Forum

EurActiv : interview with Jeremy Rifkin
'Europe can lead the third industrial revolution'

Youtube : Jeremy Rifkin on climate change
interview
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