Les journées européennes du développement : l’occasion de faire le point sur les nouveaux défis du développement

- Journées européennes de développement
-
Les JED sont donc devenues un rendez-vous récurrents, et celles du 15 au 17 novembre 2008 ont été, selon le Commissaire européen au développement Louis Michel, un véritable succès réunissant quelques 5000 personnes d’horizons très différents et ouvrant un vaste dialogue sur les enjeux du développement en période de crise financière.
Les journées européennes du développement (JED) sont, selon la DG Développement de la Commission Européenne, le « Davos de la politique de développement », un évènement qui réunit les acteurs clefs de la coopération au développement. Après une première édition réussie des JED à Bruxelles, en novembre 2006, l’initiative a donc été reconduite en 2007 à Lisbonne avec pour préoccupation centrale la question de la lutte contre le changement climatique dans la coopération pour le développement.
Les JED sont donc devenues un rendez-vous récurrents, et celles du 15 au 17 novembre 2008 ont été, selon le Commissaire européen au développement Louis Michel, un véritable succès réunissant quelques 5000 personnes d’horizons très différents et ouvrant un vaste dialogue sur les enjeux du développement en période de crise financière. Ce troisième rendez-vous donné à la société civile et aux gouvernements locaux, régionaux, nationaux du Nord comme du Sud, mais aussi européens, leur ont permis de réfléchir ensemble à une meilleure concentration des forces pour atteindre les objectifs du millénaires pour le développement. Car, comme l’indiquaient les intervenants de l’atelier sur le rôle des acteurs locaux dans l’efficacité de l’aide (les députés européens Thierry Cornillet, Marie-Hélène Aubert, Pierre Schapira et Nirj Deva, et la maire adjointe de Kigali (Rwanda) Jeanne d’Arc Gakuba), l’un des freins majeurs à l’efficacité de l’aide est la mauvaise coordination et le chevauchement des actions menés par les différents acteurs. Plusieurs ateliers étaient ainsi organisés sur les thématiques de la cohérence et de la meilleure coordination de l’aide par les différents acteurs et ce à tous les niveaux, pour assurer une efficacité accrue des actions et de l’utilisation des moyens consacrés au développement.
L’inégalité des pays en voie de développement face à l’aide internationale

- L’inégalité des pays en développement face à l’aide internationale
-
S’il faut davantage coordonner l’action des différents acteurs, il faut aussi répartir plus justement toutes les forces qui sont au service du développement, car pour l’instant l’aide apportée reste très inégale d’un pays à l’autre.
(a) Coyotos sur Flick r
S’il faut davantage coordonner l’action des différents acteurs, il faut aussi répartir plus justement toutes les forces qui sont au service du développement, car pour l’instant l’aide apportée reste très inégale d’un pays à l’autre, avec une concentration d’ONG dans des pays tels que l’Ethiopie (où se trouve 5 agences de l’ONG World Vision, 7 agences d’Oxfam, 6 agences de Care International et 12 agences de l’ONG Save the Children) ou dans des pays assez petits tels que le Guatemala, le Sri Lanka et le Zimbabwe (où plus de 40 des 60 ONG les plus importantes sont présentes), ce qui contraste fortement avec d’autres pays qui ont pourtant tout autant besoin du soutien d’ONG pour leur développement (comme le Congo, le Yémen et la République de Centre Afrique où ne sont présentes que très peu d’ONG). Cette inégalité face à l’aide conduit le chercheur pakistanais Syed Mohammad Ali dans un article du Daily Times à conclure que, même si les ONG sont des acteurs essentiels du développement, leur action répond à des contraintes politiques et financières et non pas à la seule urgence humanitaire. Il remarque d’ailleurs que la forte présence d’ONG dans certains pays s’explique notamment par la dépendance financière de ces ONG à des gouvernements dont la priorité est de venir en aide à ces pays en particulier. Il salue donc la mise en place dans plusieurs pays en voie de développement d’un programme volontaire de certification des ONG ayant pour but de rationnaliser la profusion d’ONG dans certains lieux et de pouvoir mieux évaluer l’efficacité de leurs actions.
L’inquiétude des pays du Sud de faire les frais d’une crise financière qu’ils n’ont pas causé

- L’inquiétude des pays du Sud de faire les frais d’une crise financière qu’ils n’ont pas causé
-
Cette année la question de la sécurité alimentaire et donc de l’aide au secteur agricole était une question de premier plan. C’est pourquoi l’inquiétude des acteurs du Sud de voir l’aide au développement reléguée au second plan à cause du contexte actuel difficile de crise financière était réelle. (a) Coyotos sur flickr
Les journées européennes du développement offrent une plateforme de dialogue et d’échanges entre acteurs du Sud et du Nord, publics ou privés, pour identifier des priorités communes à l’aide au développement et une réponse efficace aux problèmes les plus urgents. Cette année la question de la sécurité alimentaire et donc de l’aide au secteur agricole était une question de premier plan. L’inquiétude des acteurs du Sud de voir l’aide au développement reléguée au second plan à cause du contexte actuel difficile de crise financière était réelle. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné à plusieurs reprises Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, lors d’un entretien avec Louis Michel (disponible sur Euronews « Comment l’Afrique peut faire face à la crise financière »).
La mise en place de nombreux jumelages entre « villes du Nord » et « villes du Sud » lors des JED ont pu rassurer les acteurs du Sud en leur montrant que de nouveaux partenariats Nord-Sud pouvaient être créés. Mais, comme le suggérait le journaliste de Radio France Quentin Dickinson, il faut redonner du sens aux jumelages afin qu’ils correspondent à un véritable partenariat entre les différentes villes jumelées, et donc éviter que de petites villes cumulent trop de jumelages avec des villes du Sud sans pouvoir leur offrir de vrai partenariat faute de moyens et d’éparpillement.
Quels rendez-vous pour le développement sous la présidence tchèque ?
Comme le rappelle Jana Krczmářová, directrice de l’ONG tchèque FORS, le premier semestre de l’année 2009 sera l’occasion de voir quelles seront les suites données à la révision initiée en 2008 de la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2005) et au consensus de Monterrey sur le financement de l’aide. De nombreux rendez-vous sont fixés. En février 2009 auront lieu 3 séminaires réunissant des experts sur : la question des migrations et du développement, l’investissement dans des technologies permettant un développement durable dans les pays en développement et la sécurité alimentaire. L’objectif de ces trois séminaires est d’étudier les améliorations possibles de l’efficacité de l’aide par les acteurs de la société civile en échangeant expérience et bonnes pratiques. Le 10 mars, c’est une table ronde sur la démocratie et la bonne gouvernance dans les pays en développement qui est organisée afin d’analyser les effets de la conditionnalité démocratique. Il serait d’ailleurs intéressant à cet égard de remettre en question la politique européenne de voisinage telle qu’elle est conduite actuellement vis-à-vis des pays du Maghreb, avec lesquels l’UE semble plus frileuse à faire usage de la conditionnalité démocratique qu’avec d’autres voisins tels que l’Ukraine. Pour assurer la stabilité de la frontière méditerranéenne de l’UE, éviter l’émergence d’une opposition islamiste face aux gouvernements en place, et préserver la sécurité de ses approvisionnements énergétiques, l’UE semble laisser de côté ses idéaux démocratiques et soutenir le maintien de gouvernements rentiers et non démocratiques au pouvoir.

- Les rendez vous de l’aide au développement sous la Présidence tchèque
-
La Présidence tchèque prévoit une conférence internationale sur le défi de l’éducation pour le développement aura lieu les 28 et 29 mai, suivie d’une autre conférence internationale les 23 et 24 juin sur l’efficacité de l’aide. Il s’agit de savoir si ces rendez-vous permettront de relancer la dynamique d’aide au développement malgré la crise financière et de se rapprocher des Objectifs du Millénaire pour le développement fixés en 2000 par l’ONU.
Autre rendez-vous important : une conférence internationale sur le défi de l’éducation pour le développement aura lieu les 28 et 29 mai, suivie d’une autre conférence internationale les 23 et 24 juin sur l’efficacité de l’aide. Il s’agit de savoir si ces rendez-vous permettront de relancer la dynamique d’aide au développement malgré la crise financière et de se rapprocher des Objectifs du Millénaire pour le développement fixés en 2000 par l’ONU.
Il faut parallèlement espérer que la présidence tchèque réussisse à convaincre les Etats membres réticents d’accepter l’initiative de la Commission concernant la réallocation d’un milliard d’euros non utilisé dans le cadre de la PAC (à cause de la hausse du prix des denrées alimentaires) à l’aide au développement (et notamment au développement du secteur agricole des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique). Cette initiative qui avait d’abord reçu un accueil positif de la part du Conseil s’est finalement confrontée à l’opposition de certains Etats membres qui à l’heure de la crise financière ne souhaitaient pas voir un milliard d’euros leur échapper au profit de l’aide au développement.
L’insécurité alimentaire : le principal défi de l’aide au développement en 2009
Comme le rappelle le rapport annuel de 2008 de la Banque Mondiale, 75% des pauvres vivent en zone rurale, et pourtant, seulement 4% de l’aide publique au développement est dirigée vers le secteur agricole. Pourtant il s’agit bien d’un secteur clef puisque de nombreux pays en voie de développement sont importateurs nets de biens agricoles et subissent de plein fouets la hausse des prix des denrées alimentaires.
Alors que l’objectif du Sommet Mondial de l’alimentation était de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde d’ici à 2015, les prix élevés des denrées alimentaires ont eu pour conséquence de grossir les rangs des personnes sous alimentées de 75 millions de personnes (selon les estimations du rapport 2008 de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde) sur la période 2003-2007. L’augmentation sévère du prix des importations de riz et de blé au Mali et au Sénégal s’est ainsi répercutée directement dans les magasins et donc sur les consommateurs. Les réactions diverses des pays les plus touchés par la hausse des prix n’ont eu que des effets limités. La FAO met d’ailleurs en garde contre les interventions non concertées de contrôle des prix et des restrictions des exportations qu’ont mené certains Etats et qui pourraient sur le long terme s’avérer dommageables sur la stabilité et le niveau des prix alimentaires dans le monde. Malgré tout, il est compréhensible que, faute de soutien de la part du Nord, les pays du Sud aient tenté de prendre des mesures freinant la quantité de leurs exportations agricoles pour que leur production agricole se dirige vers leurs nationaux.
Si la hausse des prix des denrées alimentaires représente un défi pour les populations urbaines des pays en voie de développement, elle représente une opportunité pour les populations rurales qui vivent de l’agriculture. Une des priorités de l’aide au développement de l’UE est donc de renforcer ce secteur agricole encore vulnérable, pour qu’à terme les pays en voie de développement soient un peu plus auto-suffisants et donc plus à même d’assurer leur sécurité alimentaire.
Face aux chiffres alarmants de la FAO, l’UE doit combattre en premier lieu les incohérences de sa politique de développement avec ses autres politiques, notamment avec la PAC et la politique de pêche
Si certaines de ces incohérences sont très visibles, comme la décision du Conseil cet été de subventionner l’exportation de porcs provenant de l’UE mettant ainsi en péril l’élevage local de porcs des pays en voie de développement (PED) (mais c’est aussi le cas de toutes les autres subventions à l’exportation qui devraient normalement cesser en 2014 suite à l’engagement qu’a pris l’UE à l’OMC), d’autres incohérences sont moins visibles mais tout aussi dangereuses, comme l’incitation donnée aux agriculteurs des PED d’utiliser leurs terres cultivables pour la production de biocarburants dont les exportations vers l’UE sont vendues à bon prix. Est-il donc souhaitable que l’UE investisse dans des biocarburants produits dans des PED en sachant que les biocarburants ne pourront jamais à eux seuls suffire à couvrir les besoins énergétiques de l’UE et que pour les produire il faut sacrifier de vastes espaces de terres cultivables qui pourraient servir à la production alimentaire dans ces pays ? De plus, la réduction de la production alimentaire induite a pu avoir des conséquences sur l’augmentation du prix des denrées alimentaires causant l’actuelle crise alimentaire. C’est d’ailleurs tout l’objet de la question écrite du député européen Hannu Takkula à la Commission le 10 octobre 2008 quand il lui demande de proposer des mesures qui permettraient de mieux s’assurer de la cohérence de la politique européenne en matière de biocarburants afin d’éviter « qu’elle ne cause des dommages environnementaux et n’empire la situation de crise alimentaire ».
Le secteur de la pêche est aussi fortement sujet à incohérences même si la mise en place en 2008 d’un nouveau cadre de partenariat pour les accords en matière de pêche devrait effacer les effets néfastes de certains accords bilatéraux conclus directement par les Etats membres avec des PED. Par exemple, sur la base d’accords bilatéraux de pêche de la France et de l’Espagne avec le Sénégal en vigueur jusqu’en 2006, les bateaux de pêche français et espagnols ont pu pêcher de manière intensive (contre l’esprit du partenariat de l’UE avec les PED en matière de pêche) mettant ainsi en péril l’environnement et l’économie locale de la pêche : en surexploitant les ressources halieutiques des eaux sénégalaises, la quantité de poissons disponibles s’en est trouvée dangereusement réduite et a entraîné des pertes économiques importantes pour le Sénégal. Cet exemple est révélateur du contournement de certains Etats membres des législations européennes sur la pêche. L’exemple du Sénégal est un parmi tant d’autres.

- Préconisations pour l’avenir
-
Plutôt que de réduire l’aide, il faut davantage accompagner et tenir ses engagements, même et surtout en période de crise.
Une politique européenne ambitieuse pour le développement à l’horizon 2009 doit d’abord empêcher ces situations de se reproduire et encourager les Etats membres à honorer l’engagement qu’ils ont pris de consacrer 0.7% de leur PIB au développement. Cet objectif est pour l’instant loin d’être atteint puisqu’en 2007 certains pays ont réduit leur contribution « faute de projets de la part des acteurs du Sud bénéficiaires de l’aide », mais la réduction de l’aide n’est pas dans ce cas la solution car les bénéficiaires, faute d’infrastructures et d’administrations efficaces, ont bien souvent des difficultés à monter des projets de développement et auraient besoin d’accompagnement technique. De plus, l’aide financière qui leur est octroyée implique de nombreuses contraintes administratives et comptables qu’il peut leur être difficile de satisfaire. Plutôt que de réduire l’aide, il faut davantage accompagner et tenir ses engagements, même et surtout en période de crise.


Newsletter
Euros du Village
Gli Euros
Die Euros
The Euros
Los Euros
Aggiungere un commento
Aggiungere un commento
Quello che l’Europa farà per lo sviluppo nel 2009

(14)
