Qui est notre invité ?
Günter Gloser travaille depuis 2005 à l’Auswärtiges Amt (ministère des affaires étrangères de la RFA) en tant que ministre délégué aux affaires européennes. Il est parallèlement à cela en charge des relations franco-allemandes. Auparavant, il fût de 2000 à 2005 responsable des questions européennes pour le parti social-démocrate (SPD) au Bundestag.
Son intérêt pour les affaires européennes a été suscité par sa participation depuis 1994 au travail de la commission parlementaire qui avait alors été créée et qui depuis traite de ces questions. En tant que rapporteur de cette commission pour la politique méditerranéenne de l’Union, il s’intéressa tout particulièrement au Proche et au Moyen-Orient ainsi qu’aux pays d’Afrique du nord. Il fût ainsi membre du cercle de discussion du SPD au Bundestag sur le Proche et Moyen-Orient et président durant plusieurs années du groupe d’amitié germano-maghrébin.
En tant que ministre délégué aux affaires européennes, Günter Gloser est actuellement responsable du travail de coordination de la présidence allemande de l’Union. Il s’agit là d’une mission extrêmement complexe. C’est en effet maintenant à Günter Gloser de s’entretenir avec les Hommes politiques des divers Etats membres pour tenter de trouver une solution à la question du traité constitutionnel.
L’INTERVIEW
Transcription : Maria ZANDT / Traduction : Gaëtan Claeys
Gaëtan CLAEYS : Monsieur le ministre, bienvenue à Paris, la „ville lumière“. Aujourd’hui, l’Union européenne a justement besoin d’un phare pour trouver une issue à la crise. Les espoirs placés dans la présidence allemande puis française de l’Union en 2008 sont très élevés [NDLR : car ces Etats sont censés avoir la taille critique nécessaire au déclenchement d’une nouvelle dynamique]. Pensez-vous que le moteur franco-allemand pourra donner une nouvelle impulsion à l’Europe alors même que le couple n’avait pas obtenu de résultat décisif au sommet de Nice en 2000 ?
Günter Gloser : Je ne crois pas que tout cela dépende uniquement du moteur franco-allemand, mais plutôt de l’Union européenne dans son ensemble. Nous devons impulser une dynamique et arranger l’Union afin qu’elle soit à la hauteur des défis actuels et à venir. Si dans cette perspective, il y a une très étroite coopération entre la France et l’Allemagne, et s’il s’agit d’un processus ouvert aux autres pays, eh bien je crois que ça a toujours été utile à l’Europe.
Laura GORES : Madame Merkel est jusqu’ici partisane d’une coopération étroite avec tous les partenaires. C’est pour aller dans ce sens que la devise « ensemble, nous réussirons l’Europe » et que le trio-présidentiel [NDLR : programme partiellement commun à la présidence allemande et à celles à venir du Portugal et de la Slovénie] ont été inventés. Voyez-vous en cela une atteinte à la relation franco-allemande ?
Günter Gloser : En réalité, si l’on souhaite atteindre nos objectifs, et pas seulement en ce qui concerne le Traité constitutionnel, eh bien l’Europe ne peut fonctionner que si réellement on agit conjointement. La présidence à trois est à nouveau un signe qui doit montrer à quel point il est nécessaire de tracer des perspectives sur le long terme. On ne peut pas faire à chaque fois un feu d’artifice de projets pour six mois. Il faut faire en sorte que les citoyennes et citoyens se rendent compte que cette Union européenne se fixe des objectifs et qu’elle est consciente de ses missions et des défis auxquels elle est confrontée.
On se passe le témoin de présidence en présidence, comme nous allons le faire avec les Portugais. Nous avons auparavant reçu le témoin des Finlandais. Nous nous occupons actuellement de la question de la politique énergétique. Ça avait été commencé par l’Autriche et avait été poursuivi par les Finlandais. Nous continuons ce travail. Nous allons nous atteler à certaines choses, comme par exemple à la question de l’élaboration d’une stratégie pour l’Asie centrale, pour laquelle nous n’allons toutefois pas trouver une solution avant la fin de notre présidence mais que nous transmettrons à nos successeurs. Si les présidences s’accordent mieux entre-elles et définissent des objectifs communs, eh bien il ne s’agit pas d’une entorse à une étroite coopération franco-allemande .
Claudia HIPPEL : L’amitié franco-allemande a été une nouvelle fois célébrée le 22 janvier, à l’occasion du 44ème anniversaire de la signature du Traité de l’Elysée. Cette relation spéciale semble toutefois se trouver actuellement dans une mauvaise passe. Dans une interview accordée à France 3, Madame Merkel a récemment évoqué son inquiétude vis-à-vis de la remise en cause de l’Euro et de l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE) en France. Partagez-vous son inquiétude ?
Günter Gloser : Je vais vous répondre en commençant par évoquer un autre exemple. Nous étions tous réunis jeudi au Quai d’Orsay et nous avons ensemble - les deux délégués à la coopération franco-allemande et les ministres délégués à l’intégration M. Begag et Mme Böhmer - présenté un projet franco-allemand pour l’intégration et l’égalité des chances. Voilà quelque chose qui a été produit suite à une initiative franco-allemande, et nous disons, cela ne concerne pas uniquement l’Allemagne et la France, nous l’ouvrons à nos partenaires européens. Et il y a là souvent différentes perceptions des choses dans certains domaines. La politique énergétique par exemple. Dans ce domaine là aussi, nous avons eu dans les derniers mois un dialogue intense, afin d’établir les questions sur lesquelles nous avons une vision commune et de définir les points de désaccord pour lesquels chaque pays peut avancer dans sa propre direction.
Et en ce qui concerne une question comme celle de l’indépendance de la BCE ou du renoncement à l’Euro, nous disons qu’il ne faut pas s’intéresser uniquement à ce qui pose problème dans la relation entre les deux partenaires. Nous ne sommes pas les seuls dans l’Union européenne, dans d’autres pays aussi ont lieu des discussions au sujet par exemple de l’indépendance de la BCE. C’est pourquoi nous mettons en garde nos partenaires contre le risque de la fausse alerte, nous ne devrions pas en tenir compte, les missions de la BCE sont soumises à des contraintes politiques. Je crois que nous avons conclu un traité qui rend cette banque centrale indépendante. Il ne faut pas donner l’impression que les Grands veulent changer quelque chose et que les Petits n’ont qu’à regarder ce que les Grands font. Cet équilibre entre grands et petits Etats membres à l’intérieur de l’Union européenne doit également être préservé.
Maria ZANDT : Vous avez récemment déclaré qu’une renégociation approfondie du Traité par une convention signifierait la fin définitive du Traité constitutionnel. Comment la position allemande peut-elle être conciliable avec les déclarations de Ségolène Royal - candidate socialiste à la Présidence de la République française - qui propose de négocier à nouveau sur les questions sociales, économiques et environnementales ?
Günter Gloser : À l’heure actuelle, je ne vois pas de contradiction. Nous conservons les fondements du Traité et nous n’avons pas besoin de négocier sur un nouveau traité. Mais étant donné les diverses évolutions, il s’agit maintenant dans la situation actuelle de définir ce que nous gardons du Traité, et ce qu’il est important de faire pour que l’Union européenne puisse à l’avenir relever les défis auxquelles elle sera confrontée.
Il peut donc encore y avoir des modifications sur certains points, mais ce serait une mauvaise chose de donner l’impression suivante... voilà, vous avez mis au point un document avec la convention – la première fois qu’un tel texte était élaboré avec la participation des parlements nationaux – eh bien maintenant on le laisse de côté et on recommence à zéro. C’est cela que j’ai voulu dire. Nous avons la base du Traité, celle-ci est perçue différemment et il faut maintenant y réfléchir ensemble.
Claudia HIPPEL : Une question maintenant sur la politique européenne de voisinage… et plus précisément en ce qui concerne les priorités de l’Union, d’une part pour l’espace euro-méditerranéen et d’autre part pour l’Europe de l’est. Pensez-vous que le nouvel « instrument européen de voisinage » - qui est entré en vigueur début 2007 – va changer les priorités et que dans ce domaine il y aura donc des évolutions importantes ?
Günter Gloser : C’est intéressant ce qui se passe dans l’Union européenne actuellement. Il y a des évolutions et on pense alors que ces changements vont laisser de côté certaines régions. En réalité, la politique européenne de voisinage s’intéresse tout autant aux pays situés dans la zone à l’est de l’Europe qu’à ceux de celle au sud du continent, bien que nous ayons une bien plus longue expérience avec le sud. Il faut donc trouver un certain équilibre. Mais on ne peut pas utiliser de la même manière, pour tous les pays, les instruments que nous avons à notre disposition dans le cadre de la politique européenne de voisinage. Le costume de prêt-à-porter ne peut pas être mis à la taille de n’importe qui. La Moldavie est différente de l’Ukraine, l’évolution du Maroc n’est pas la même que celle de l’Algérie. Cela signifie qu’il nous faut encore mieux adapter la politique de voisinage aux particularités de chaque cas, et cela vaut aussi bien pour les pays situés à l’est que pour ceux au sud. Nos amis espagnols, portugais et français veilleront certainement à ce que sur ce point un certain équilibre interne soit conservé.
Gaëtan CLAEYS : Il y aura le 25 mars une déclaration des Chefs d’Etats et de gouvernement, à Berlin, à l’occasion des 50 ans des Traités de Rome. Quelles seront concrètement les valeurs européennes qui seront évoquées à cette occasion ? Comment peut-on réellement changer la perception qu’ont les gens de l’Europe ?
Günter Gloser : Ce qui est important, c’est effectivement que nous utilisions ce jour là et les quelques-uns qui vont précéder et suivre le 25 mars pour faire reculer le scepticisme qui existe dans de nombreux pays vis-à-vis de l’Union européenne. En adoptant cette déclaration, nous voulons et nous devons toujours dire ce que l’Union, depuis sa fondation par six Etats membres, a réussi, c’est à dire un regroupement pacifique et une entente autour d’objectif communs.
Et si l’idée de 1957 avait été mauvaise, nous ne serions pas 27 pays aujourd’hui. C’est tout le contraire, l’Union européenne est attractive et utile. Et comme nous sentons que les citoyens pensent parfois qu’on pourrait seul, au niveau national, assurer certaines missions, que l’on n’a pas besoin des autres, il est important de dire quels sont les défis auxquels nous sommes confrontés. Ce n’est qu’ensemble que nous pourront les relever… la politique énergétique, la protection de l’environnement, le terrorisme international, les migrations, tout comme notre comportement ou notre relation vis-à-vis du continent africain, par exemple, ce ne sont pas des questions qui se posent uniquement à la France, à l’Allemagne ou au Portugal.
Et si nous disons également que nous sommes favorables à un ensemble de valeurs ainsi qu’à des normes en ce qui concerne les conditions de travail, les questions environnementales, etc… et si nous arrivons à faire passer ce message, pas uniquement ce jour là, mais également dans notre politique quotidienne, au cours de réunions d’information, etc. nous espérons alors pouvoir faire disparaître une partie du scepticisme. Je sais que nous n’arriverons pas à supprimer l’ensemble du scepticisme, mais il nous faut faire en sorte que l’on parle de façon plus positive du projet européen.
Maria ZANDT : Lors de sa rencontre avec Angela Merkel, à Sotchi, Vladimir Poutine a rappelé son souhait d’avoir une coopération constructive avec l’Union européenne. La relation avec la Russie est-elle une relation fiable ? Selon vous, quelles sont les chances pour que les négociations avec la Russie au sujet de la conclusion d’un nouvel accord de partenariat et de coopération soient poursuivies ?
Günter Gloser : Je trouve ça bien que monsieur Poutine s’exprime ainsi. Mais de telles déclarations doivent être conformes aux actes réels, également à ceux des autres. C’est justement l’objectif de l’accord de partenariat et de coopération, pour tous, aussi bien pour les Russes que pour les membres de l’Union européenne, l’idée est d’avoir une relation fiable. Mais pour cela, il faut tout d’abord pouvoir négocier. Mais s’il n’y a pas de consensus au sein de l’Union sur l’ouverture de négociations, comment peut-on espérer améliorer une situation que certains critiquent ? Et c’est pourquoi nous espérons que nous aurons au cours de la Présidence allemande le mandat nécessaire à une négociation sur de nombreuses questions telle que celle du secteur énergétique.
Laura GORES : Pourriez-vous, en guise de conclusion, nous donner votre vision de l’Europe ?
Günter Gloser : J’ai évoqué ce matin la vision qu’un grand Homme (Victor Hugo) défendait. On voit avec l’exemple de Victor Hugo que lorsque l’on a des visions - on ne doit pas, comme un ancien Chancelier allemand l’avait dit, aller chez le médecin - elles s’accomplissent si beaucoup de personnes y croient. Et mon idée, c’est qu’à l’avenir, l’Union européenne et les Etats membres disent qu’ils vont s’emparer de questions de notre globe, telles que celles de l’approvisionnement en ressources, celle de la protection de l’environnement, etc. Il faut faire cela progressivement et en tenant compte de la question du développement social, en ayant par exemple un partenariat avec le continent africain. Il faut cesser de regarder notre nombril et il faut voir ce qui se passe autour de nous…


Newsletter
Euros du Village
Gli Euros
Die Euros
The Euros
Los Euros
Ajouter un commentaire
Ajouter un commentaire
Günter GLOSER : Eine Vision erfüllt sich, wenn viele an eine Idee glauben (Audio)

(14)
