La guerre est déclarée entre les dirigeants européens et les agences de notation. Après José Manuel Barroso, c’est Michel Barnier, le commissaire en charge du marché intérieur et des marchés financiers, qui est monté au front en déclarant vouloir étudier une interdiction pour les agences de noter les pays bénéficiant d’un plan d’aide internationale. Il faut dire qu’après des mois, voire des années de frictions, les agences ont semblé donner le bâton pour se faire battre en posant coup sur coup deux gros obstacles aux efforts de l’Union européenne d’empêcher une contagion incontrôlée de sa dette souveraine.
Alors que les Etats européens venaient de s’accorder sur le principe d’un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce qui ferait participer « de manière volontaire » les banques aux coûts encourus (afin de justifier un partage de ces coûts auprès de leurs contribuables), elles ont tout d’abord indiqué que toute effort qui ferait contribuer les opérateurs privés serait considéré comme un défaut de paiement. Quelques jours plus tard, l’agence Moody’s décidait de dégrader la note du Portugal en catégorie spéculative, prédisant que ce pays-ci aurait également besoin d’un nouveau plan de sauvetage. Les effets ne se sont pas fait attendre et la panique s’est répandue sur les marchés, alimentant les doutes au sujet d’autres pays comme l’Espagne et surtout l’Italie, et entraînement un fort repli des bourses européennes. C’en est trop pour plusieurs dirigeants européens, qui ne supportent plus que les efforts des Etats soient réduits à néant par trois opérateurs privés américains, et qui critiquent également d’intérêts privés derrière le timing des annonces des agences.
Reste à savoir comment juguler ce pouvoir jugé démesuré. Les propositions ne manquent pas : Certains, comme la commissaire luxembourgeoise Viviane Reding ou le ministre allemand de l’économie Philipp Rösler, proposent de renforcer la concurrence dans le secteur, en réduisant la taille des grandes agences et en favorisant l’émergence de nouveaux acteurs ; d’autres, comme Michel Barnier, proposent d’interdire aux agences de modifier la note de pays bénéficiant d’un plan de sauvetage ; une dernière proposition, connue de longue date, serait de créer une agence de notation « européenne », qui remplirait un rôle de service public.
Aucune de ces propositions ne semblent cependant emporter l’adhésion à l’heure actuelle. Surtout, si légitimes que ces réflexions puissent-être, elles ne résolvent pas le problème essentiel : comme le dit l’adage, il ne suffit pas de tuer le messager pour résoudre les mauvaises nouvelles qu’il apporte, et en tout état de cause, une réforme du cadre réglementaire des agences de notation permettra difficilement de résoudre les problèmes de très court terme que la dette de la Grèce, et peut-être d’autres pays, pose à l’Europe.


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