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Investissements étrangers en Europe : bonnes questions, mauvaise réponse

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L’UE revient à ses vieux réflexes bureaucratiques

Le mot était tabou il y a encore 10 ou 15 ans. Il était l’apanage de quelques illuminés hexagonaux qui croyaient pouvoir modeler l’Europe à leur image : celle de la France. Il était un horizon impossible ou une lubie. Désormais, la politique industrielle, puisque c’est d’elle dont il s’agit, a le droit de cité dans les communiqués de presse de la Commission européenne et du Parlement européen. Mais au delà du primat de la concurrence libre et non faussée et d’une stratégie Europe 2020 privée de moyens, de quoi s’agit-il ?


Depuis plusieurs années, les investissements chinois, indiens ou saoudis débarquent en Europe et visent les secteurs stratégiques : le fabricant néerlandais Draka de câbles de haute technologie, l’ancienne DCN française en sont les derniers exemples. Un état de fait qui pousse la Commission à agir et à proposer, créant ainsi un changement de paradigme.

En effet, auparavant, la Commission européenne ignorait la notion même d’intérêt stratégique et de politique industrielle. Le secteur énergétique, les infrastructures portuaires, les industries de défense ou spatiales n’étaient presque considérées que du point de vue de la concurrence ou du libre marché. Aucun champion européen industriel n’était envisagé, les rares projets communs (Ariane, Airbus) étant des initiatives intergouvernementales. Galileo, un programme spatial, est une ébauche de politique industrielle, dans laquelle la Commission coordonne et rapproche des partenaires industriels.

Toutefois, depuis une dizaine d’années et tout particulièrement depuis les dernières années, une nouvelle vision semble irriguer Bruxelles : l’Europe ne peut plus faire cavalier seul dans le monde. A défaut de construire une politique industrielle, l’Union européenne pourrait ainsi promouvoir la notion d’un « camp de base », d’un « intérêt commun européen », à l’instar de ce que propose Philippe Herzog, conseiller spécial de Michel Barnier, Commissaire européen au marché intérieur. Il s’agit là d’une question essentielle pour les entreprises européennes, dans la concurrence interne comme dans les négociations commerciales en cours.

Dans un entretien à Handesblatt le 27 décembre, Antonio Tajani, Commissaire européen à l’industrie, a pour la première fois reconnu la nécessité pour l’Europe de protéger ses secteurs stratégiques. Il a ainsi proposé de créer «  une autorité chargée d’examiner les investissements étrangers en Europe », sur le modèle du « Committee on Foreign Investment in the US » américain mis en place en 1988 par Ronald Reagan, plus connu comme un libre-échangiste que comme un militant anti-mondialisation.

Indubitablement, la création de cette autorité répond à un besoin de protection des industries européennes face aux appétits des pays émergents perçus, à tort ou à raison, comme gigantesques. Mais comment cette énième autorité pourrait-elle avoir la légitimité suffisante pour déterminer l’intérêt stratégique de tel ou tel secteur ? Pourquoi revenir aux vieux réflexes de créer une autre autorité au lieu d’engager un véritable débat politique d’ampleur en Europe ? Qui pourra trancher entre nécessité de se protéger de prédateurs financiers et besoin d’attirer des investissements en capital ? Entre protectionnisme et libre échange ?

La décision d’empêcher des investissements étrangers en Europe est trop importante pour la laisser aux mains d’un comité, en dehors d’un contrôle politique puissant et responsable (accountable, diraient les anglais). Que la Commission assume son rôle politique : qu’elle soit le moteur de la recherche de l’intérêt commun ! Qu’elle organise un grand débat avec les Etats membres, le Parlement et les acteurs de la société civile pour déterminer ce que sont ces secteurs stratégiques, ce que peut recouvrir la notion du camp de base au lieu de se précipiter de créer une énième autorité ! En clair, plus de politique et moins de bureaucratie !


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Aurélie
7 janvier 2011
09:58
Investissements étrangers en Europe : bonnes questions, mauvaise réponse

Je doute fort que le Commissaire Tajani soit en mesure d’ouvrir un grand débat politique sur la question et encore moins de réviser la législation sur les investissements étrangers.

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Antoine Bargas

Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)
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