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Israël-Palestine : par-dessus les murs

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Voyage en Israël et en Palestine à la découverte du conflit et du rôle de l’Europe dans la région

L’Euro Middle East Forum, association qui tente de promouvoir le rôle de l’Europe au Proche-Orient a donné à 15 jeunes l’opportunité d’effectuer un voyage dans la région afin de mieux comprendre la réalité du terrain, les possibles développements futurs dans la région et l’influence de l’Europe dans ce processus. Le voyage s’est déroulé à travers des rencontres avec des acteurs du conflit, des visites sur les lieux les plus controversés ainsi que des entretiens avec des acteurs de la société civile. Cette tribune donne une impression toute personnelle de deux membres de cette organisation sur un des conflits les plus complexes de notre temps.


Schizophrénie israélienne

Chronologie récente du conflit israélo-palestinien

- 28 septembre 2000 : Le chef du Likoud, Ariel Sharon, se rend sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. Cet événement marque le début de la seconde Intifada.
- 6 février 2001 : Ariel Sharon est élu premier ministre d’Israël.
-Juin 2002 : Début de la construction d’une ligne de séparation le long de la « Ligne verte » qui sépare Israël de la Cisjordanie.
- 17 Septembre 2002 Les membres du Quartet proposent un document, la Feuille de Route, qui décrit les étapes envers une solution définitive du conflit à achever en 2005.
- 5 septembre 2004 : M. Sharon déclare devant ses ministres que la « Feuille de route » est morte.
- 11 novembre 2004 : Mort de Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne depuis 1996. Arafat est inhumé à Ramallah, en Cisjordanie.
- 21 Novembre 2005 : Ariel Sharon crée le parti centriste Kadima.
- 9 janvier 2005 : Election de Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), comme deuxième président de l’ANP
- Août-Septembre 2005 : Retrait unilatéral de la bande de Gaza de la part de l’armée israélienne et évacuation forcée des colonies de Gaza.
- 5 janvier 2006 : A. Sharon est victime d’une attaque cérébrale. Le pouvoir est transféré au vice premier ministre Ehoud Olmert.
- 25 janvier 2006 : Le Hamas sort victorieux des élections législatives palestiniennes. Le 20 mars Ismaïl Haniyeh présente à Mahmoud Abbas son gouvernement.
- 28 Mars 2006 : Kadima gagne les élections en Israël, Ehoud Olmert est nommé Premier Ministre
- 7 avril 2006 : Suspension des aides directes de l’UE au gouvernement palestinien du Hamas.
- Mai-juin 2006 : Crise politique entre le Hamas et le Fatah. Des affrontements entre les deux factions font plus de 20 morts.
- 16 juin 2006 : L’UE approuve un fond spécial (TIM) pour la Palestine sans passer par leur gouvernement.
- 12 juillet 2006 : Israël lance une offensive miitaire sur le Liban, après l’enlèvement à sa frontière de deux soldats et la mort de huit autres.
- 6-8 février 2007 : Le Hamas et le Fatah, acceptent la médiation de l’Arabie Saoudite pour mettre fin aux affrontements inter-palestiniens dans la bande de Gaza (Accord de la Mecque).
- Juin 2007 : le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza.
- 15 Juin 2007 : Abu Mazen nomme le nouveau Premier Ministre Salam Fayyad. La bande de Gaza reste toutefois sous le contrôle du Hamas
- Aout 2007 : L’UE reprend l’assistance directe à l’ANP, avec un nouveau instrument financier Pegase.
- 27 Novembre 2007 : Conférence d’Annapolis soutenue par les Etats-Unis. George W.Bush proclame l’objectif d’avoir un Etat Palestinien avant la fin de son mandat en 2008.
- Juillet 2008 : Le gouvernement israélien approuve la construction de nouvelles colonies dans les territoires occupés malgré la condamnation de l’UE et des Etats-Unis.

Avant même de toucher le sol israélien, on s’aperçoit tout de suite qu‘Israël n’est pas un pays comme les autres. La présence policière à tous les stades de l’embarquement ainsi que l’étendue des contrôles de sécurité nous donnent un aperçu de ce qui nous attend dans ce pays situé aux portes du continent européen. Encerclés par des états ‘hostiles’ et menacés par un danger terroriste réel, la sécurité est pour les Israéliens un impératif absolu. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’ils regardent toute possibilité de résolution du confit avec le voisin palestinien. Cette approche influence aussi largement les relations avec l’Europe. Les Israéliens se sentent très proches des Européens dans leur style de vie et dans leurs valeurs mais d’un point de vue politique, l’image de l’Europe est souvent négative et le point de référence reste les Etats-Unis, allié qui leur assure un soutien presque inconditionnel en matière de sécurité.

Cette ambivalence envers l’Europe se perçoit dans l’évolution concrète des relations UE-Israël. En effet, au Conseil des Relations Extérieures (GAERC) de juin dernier, l’UE a décidé un « upgrading » des relations avec Israël dans le contexte du processus de paix. Cela signifie que l’Europe pourra développer des rapports plus étroits du point de vue économique avec éventuellement une participation d’Israël dans certains programmes et politiques européens. Toutefois, il est probable que, dans une Europe souvent sensible à la cause palestinienne, ces progrès comporteront des formes de conditionnalité liée à l’avancement du processus de paix. Ceci renforce le point de vue souvent entendu chez les Israéliens que leur pays n’est vu qu’à travers le conflit avec les Palestiniens.

Il est vrai que pour l’observateur externe il apparait difficile de percevoir Israël, avec ses plages et ses gratte-ciels, en ignorant la situation de conflit dans laquelle vie ce pays depuis 60 ans. Comme nous l’a dit un diplomate de l’Etat hébreux c’est la nature schizophrénique d’Israël et des Israéliens. D’un côté le désir d’être un pays « normal », avec un style de vie et des valeurs occidentales. De l’autre il y a le conflit, l’occupation des territoires palestiniens et la préoccupation pour sa propre existence. De nombreux éléments de la vie quotidienne témoignent continuellement de cette ambivalence.

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La délégation du EMEF et le vice Ministre des Affaires Etrangères de l’Autorité Palestinienne Mr Ahmed Sabah

Le EMEF est une association basée à Bruxelles, fondée par des jeunes professionnels en affaires européens. L’EMEF essaye de promouvoir grâce à l’appui de certains acteurs institutionnels, le rôle de l’Europe dans la résolution du conflit israélo-palestinien et une compréhension plus profonde du conflit et de la réalité sur le terrain. L’EMEF organise des séminaires, des rencontres avec des acteurs politiques et des voyage d’études.

Il y a le service militaire obligatoire de trois ans pour les garçons et de deux années pour les filles. Il y a la présence constante de militaires armés dans les rues des villes israéliennes. Il y a la frustration de beaucoup de jeunes Israéliens de ne pas avoir la possibilité de voyager dans la plupart des pays arabes et musulmans. Malgré tout, le conflit reste donc partie intégrante de la vie des Israéliens. C’est peut être pour cette raison que les, jeunes Européens ont des difficultés à comprendre ce peuple, nous qui avons grandi dans l’absence de conflit, avec l’UE comme garante de cette paix, pourtant récente et fragile.

Quelle paix ?

En Israel, une écrasante majorité des personnes désirent la paix. Mais les avis divergent lorsqu’on aborde les conditions de cette dernière. Pour le gouvernement israélien, elle doit être une paix qui garantit sa propre sécurité, tant au niveau de la région au sens large qu’au niveau de son entourage direct. Voilà pourquoi pour Israël, faire la paix seulement avec les Palestiniens ne représente pas nécessairement la solution ultime à ses propres problèmes. Ceux-ci sont perçus dans un contexte plus large de la monté du radicalisme islamique s’incarnant aujourd’hui par exemple dans le régime iranien. Est-ce que l’UE est en mesure d’assurer cette paix-sécurité ? L’opinion israélienne en doute et est donc réticente à reconnaitre un rôle politique pour l’UE dans la résolution du conflit. Cette vision sécuritaire alimente aussi le scepticisme sur la possibilité que le processus commencé à Annapolis sous l’égide des Etats Unis puisse aboutir à un accord avant la fin de l’année, tel que prévu initialement. Ce scepticisme nous a été ouvertement confirmé par les diplomates israéliens dans les rencontres que nous avons eu avec certains d’entre eux à Jérusalem.

Dès lors, en attendant des temps plus favorables pour arriver à un accord de paix, l’activité de colonisation dans les territoires palestiniens continue à un rythme effréné. La construction de la barrière (le fameux et controversé « mur » séparant Israël et Palestine) censée apporter plus de sécurité se poursuit et des centaines de checkpoints continuent de rendre très difficiles le mouvement et les activités économiques en Cisjordanie. On ne peut rester indifférent en voyant de ses propres yeux la barrière de sécurité que les Israéliens considèrent comme le principal facteur ayant récemment amélioré leur sécurité, pendant que les Palestiniens la perçoivent comme un élément majeur de discrimination et d’apartheid, ou en voyant les drapeaux israéliens des « settlers (colons) » israéliens qui revendiquent la propriété de terres pourtant situées dans des zones habitées par une majorité écrasante de Palestiniens.

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Ramallah emmurée

Vu par beaucoup d’Israéliens comme un moyen d’assurer leur défense, le « mur » est vu, côté palestinien, comme une entrave à leurs droits fondamentaux.

La difficile situation politique interne d’Israël ne semble pas favorable au compromis, avec la lutte pour la succession d’Ehud Olmert qui a récemment fait rage à l’intérieur de son parti (Kadima, formé en 2005 à l’initiative d’Ariel Sharon), principalement entre la Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni (qui sera probablement désignée nouvelle premier ministre pour former un gouvernement d’unité national) et l’ex-chef de l’armée, Shaul Mofaz. Il apparait donc difficile que tous candidats aux prochaines élections puisse faire de concessions aux Palestiniens. Pour former un gouvernement d’union national Livni devra chercher un accord avec les partis de droit, en particulier le Likud, qui sont tout à fait contraire à faire des concessions aux Palestiniens, sinon le président de la République Shimon Peres devra convoquer des nouvelles élections. Une éventualité particulièrement défavorable pour le parti Kadima, vu la monté dans les sondages du Likud qui reflet une opinion publique de plus en plus sceptique envers le processus de paix.De plus, un autre prétendant au poste de premier ministre, le leader du Likud, parti de droite et plus sceptique vis-à-vis du processus de paix, Benjamin Nethanyau, est en train de gagner du terrain face aux autres partis et pourrait bien revenir au pouvoir en cas de nouvelles élections. Une telle éventualité ne saurait rien augurer de bon pour le règlement du conflit.

La viabilité d’un Etat palestinien en question

Ce pessimisme est largement partagé coté palestinien. Les Palestiniens ont en effet vu leurs conditions de vie se détériorées significativement depuis la relance du processus de paix. Certains des lieux visités par la délégation de l’EMEF sont révélateurs de ces difficultés, tel Hébron, ville dont le centre historique est divisé du fait de la présence d’une colonie de juifs orthodoxes nécessitant en conséquence une présence massive de l’armée israélienne (5 soldats pour 1 colon...). Ces derniers temps, les agressions par les extrémistes juifs se sont multipliées, attaquant par exemple, quelques jours avant notre passage, un groupe de diplomates britanniques. Ailleurs, à Ramallah, les étudiants de la prestigieuse université Birzeit éprouvent des difficultés insensées à se rendre à leurs cours du fait de la fermeture et du « bulldozage » de certaines routes, de l’application de couvre-feux ou des contrôles israéliens qui s’éternisent. Il est frappant de constater que les demandes de ces jeunes universitaires palestiniens ne sont pas bien éloignées de celles avancées par les jeunes Israéliens : exigence de normalité, de se côtoyer en paix et de regarder leur relations autrement qu’ à travers le prisme omniprésent du conflit.

La recrudescence des checkpoints (points de contrôle placés sur les routes), des expulsions (et parfois destructions) de maisons et le regain d’activité dans les colonies plombent l’espoir de ceux qui croient qu’un accord équitable avec l’Etat hébreux est encore possible. Certains responsables palestiniens en viennent à douter à de la faisabilité d’une solution à deux états et prônent, plus ou moins ouvertement, l’établissement d’un seul état où se côtoieraient Israéliens et Arabes. Il faut néanmoins noter que, sur base de la situation démographique, cette solution ferait perdre à Israël son caractère hébreu et est donc tout bonnement inacceptable pour la plupart de ses citoyens. Par dépit, d’autres Palestiniens préfèrent se tourner vers les solutions plus radicales et plus violentes du Hamas, qui enregistre un gain de légitimité important dans les territoires occupés, alimentant ainsi le conflit entre les différentes factions palestiniennes.

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Saeb Erekat

Chef des négociations pour l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine, dirigée par le Président palestinien, M. Abbas).

L’efficacité et la légitimité de l’Autorité Palestinienne est dès lors largement écornée et sa marge de manœuvre restreinte. On voit mal comment elle pourrait faire accepter un accord global qui comprendra nécessairement de larges concessions des Palestiniens dans les sujets les plus controversés du conflit, tels que le sort des réfugiés, l’avenir des colonies juives ou le statut de Jérusalem. Néanmoins, Mahmoud Abbas et son gouvernement bénéficie toujours du soutien de la communauté internationale et plus particulièrement de l’Union européenne qui lui fournit une part importante de son budget ainsi qu’une assistance technique. Nous avons pu constater les effets très concrets de ce soutien, notamment par la réforme de la police palestinienne assistée par la mission EUPOL COPPS, localisée à Ramallah, ou par le travail de la délégation de la Commission Européenne à Jérusalem.

Pour l’UE, cette approche d’aide concrète pour des projets parfois très locaux à pour but de développer une administration correcte et une économie viable des territoires même si le blocage actuel des négociations empêche toute avancée politique. C’est notamment le travail de Tony Blair, représentant du quartette (Etats-Unis, UE, ONU, Russie) qui s’attache à redévelopper les économies locales et améliorer les conditions vies par petits pas. Mais cette aide ne semble pas encore suffisante pour atténuer les problèmes récurrents de l’administration des territoires : mauvaise gouvernance, rivalités pour le pouvoir et difficultés liée à la présence de l’armée israélienne.

Perspectives

Ce voyage aura donc permis de se rendre compte de la complexité du conflit et la diversité des opinions quant aux solutions possibles. Du coté politique, les évolutions et les perspectives de sortie du conflit ne semblent pas encourageantes. Les positions sont trop éloignées et on constate un manque de volonté politique flagrant. La communauté internationale reste cependant engagée, s’en tenant au plan de paix présenté en 2002 par le quartette dans la fameuse Feuille de Route. Pour l’UE, il est clair que les efforts doivent se tourner vers l’amélioration concrète des conditions de vie des Palestiniens, sans doute la seule solution pour endiguer les dérives extrémistes et redonner un réel espoir à la population. Car le plus frappant dans cette visite ne fut pas, comme on pourrait s’y attendre, des pléthores de colère et de haine mutuelle mais plutôt le triste abattement d’une grande partie de la population, autant palestinienne qu’israélienne, sur l’avenir de leurs relations.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteurs.


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lorraine
13 novembre 2008
18:30
Israël-Palestine : par-dessus les murs

très intéressant comme écrit ; je compte me rendre en israel et en palestine ds 10mois, seule, ac ou sans projet ... en tout cas ton écrit mapporte beaucoup et permet meme a distance de visionner un peu la réalité, meme si lointaine merci en tout cas ! lorraine

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Autres langues de cet article :

Israele e Palestina : al di là del muro

Auteurs

Giovanni CIOFFI

Julien DE FRAIPONT

Julien de Fraipont a effectué ses études en Sciences Politiques à l’Université Libre de Bruxelles, à l’University of Victoria (Canada) et à la Katholieke Universiteit Leuven. Il a ensuite complété sa formation par un Master en études européennes au (...)

Sur internet

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Commission européenne
Bureau d’Assistance Technique de la Commission Européenne

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