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L’Europe de 2008, bouillon de culture ?

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Retour sur l’année européenne du dialogue interculturel

Depuis 1983, L’Union européenne organise chaque année une campagne de sensibilisation baptisée « Année européenne » visant à informer et à nouer le dialogue entre les citoyens européens au sujet d’un thème particulier. En 2008, l’accent a été mis sur le dialogue interculturel, pierre angulaire de la lutte contre les discriminations pour bâtir un meilleur « vivre ensemble ».


2008, année européenne du dialogue interculturel

Depuis 1983, L’Union européenne organise chaque année une campagne de sensibilisation baptisée « Année européenne » visant à informer et à nouer le dialogue entre les citoyens européens au sujet d’un thème particulier. En 2008, l’accent a été mis sur le dialogue interculturel, pierre angulaire de la lutte contre les discriminations pour bâtir un meilleur « vivre ensemble ».

Au total, sept projets européens et 27 projets nationaux (un par Etat) ont rythmé l’agenda culturel européen de 2008 pour un budget global de 7 millions d’euros. Ils sollicitaient en priorité la participation de la société civile et de la jeunesse. Ces évènements se sont déroulés sous l’égide de 15 ambassadeurs prestigieux issus d’horizons artistiques divers, parmi lesquels Charles Aznavour, Abd Al Malik, Paulo Coelho, ou le chef d’orchestre Jack Martin Händler.

Un des sept projets phares, « A la rencontre de l’autre : frontières, identités et cultures dans l’espace européen » de l’association Babelmed, a réuni de jeunes chercheurs, journalistes et artistes belges, allemands, français, espagnols et italiens afin de promouvoir les expressions culturelles et les créations artistiques issues des migrations. Au programme : des tables rondes sur la « représentation de l’autre dans les médias européens », la création d’un réseau de jeunes journalistes européens dont les contenus alimentent le site internet du festival virtuel de l’interculturalité, un atelier théâtral et un spectacle sur le thème : « mémoires, migrations, et diversité culturelle ».

Par ailleurs, une « Plateforme pour le dialogue interculturel » a été créée pour favoriser la synergie entre des associations travaillant dans des domaines divers en lien avec le dialogue interculturel : l’art et la culture, la lutte contre les discriminations, l’éducation et la jeunesse, l’aide sociale. Cette collaboration de plus de 200 organisations a abouti à la rédaction du « Rainbow Paper », un ensemble de recommandations adressées aux responsables politiques. Ces dernières soulignent la nécessité de favoriser l’engagement des organisations de la société civile dans les politiques culturelles, de donner la priorité à l’éducation, d’établir de grandes lignes directrices qui permettent de concevoir des projets à long terme, de doter les politiques culturelles de ressources beaucoup plus importantes en sollicitant notamment les fonds d’investissement privés.

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Multilinguisme

Le 10 septembre 2008 avait lieu, à Bruxelles, un débat sur le multilinguisme en Europe. Depuis le 1er janvier 2007, un Commissaire européen est exclusivement chargé de ce portefeuille, en la personne du roumain Leonard Orban (à gauche sur la photo).

Source : Commission européenne

Une « citoyenneté européenne active et ouverte sur le monde »

Pour Jan Figel, le Commissaire européen chargé de l’éducation, de la formation, de la culture et de la jeunesse, il s’agissait avant tout d’initier une réflexion sur les minorités et les migrations ainsi que sur la création d’une « citoyenneté européenne active et ouverte sur le monde ». A l’aube du XXIe siècle, la politique culturelle, traditionnellement orientée vers la sauvegarde du patrimoine et la mise en valeur des figures nationales, devrait prendre un nouvel envol.

Comment faut-il concevoir ce « dialogue interculturel » ? Selon le philosophe et sinologue François Jullien, auteur de l’ouvrage De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, l’expression doit être entendue comme le travail et l’ouverture de sa propre culture à l’autre de telle sorte qu’on puisse la rendre intelligible. Ce précepte reste sinon une notion « faible et bavarde », voire « suspecte ». Il s’agit moins de reconnaître l’altérité que de tenter de la connaître pour que l’écart entre les cultures, c’est-à-dire le déploiement des façons de penser, des angles de vue soit fécond. Le dialogue interculturel propose ainsi de dépasser l’opposition aporétique entre politique d’assimilation, où l’identité de l’autre est niée, et relativisme culturel, où chacun se braque sur ses positions identitaires. Car dans le dialogue interculturel, la culture n’est plus conçue sous l’angle essentialiste, dotée d’un contenu stable et déterminé, mais en constante (re)construction en fonction des interactions des différents acteurs.

Ce nouvel envol de la politique culturelle européenne semble répondre aux attentes des citoyens. Selon une étude réalisée par l’Eurobaromètre à l’automne 2007, 65% des européens ont au moins un contact avec une personne d’une autre culture (d’une religion, d’une origine ethnique ou d’une nationalité différentes). Et, quasiment les trois quarts (72%) des citoyens européens interrogés considéraient que les personnes issues d’horizons différents (ethnique, religieux, national) enrichissaient la vie culturelle de leur pays, tandis qu’un quart des citoyens de l’UE (23%) désapprouvent cette idée. L’étude montre aussi que les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest sont plus ouverts que les nouveaux pays membres à l’est de l’Europe.

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Cultures On My Street

Il s’agit du nom du concours de photographie organisé dans le cadre de l’Année européenne du dialogue interculturel, et qui consistait à primer des clichés de manifestations culturelles dans les rues de l’Union européenne. Avec plus de 2000 participants, le concours a été un succès. Son vainqueur, Joseph Smith, est originaire de Malte.

Source : Commission européenne

L’Union européenne et la culture : un rendez-vous manqué ?

Si l’initiative est louable, les moyens engagés sont insuffisants. Comme le souligne Jean-Pierre Jouyet, ancien secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes « l’Europe culturelle reste largement à bâtir ».

Certes, des programmes tels que Erasmus ou Leonardo suscitent un réel engouement : d’ici 2012, on estime que 3 millions d’étudiants auront participé au programme Erasmus. Certes, Media 2007, le programme de soutien au secteur audiovisuel européen, est une réussite : ainsi, 90% des films européens distribués dans d’autres pays que ceux où ils ont été tournés bénéficient d’un soutien dans le cadre de Media 2007.

Mais en 2008, les dépenses pour « favoriser la culture et la diversité européenne » et celles consacrées au programme « Media 2007 » ne représentent encore que 0,24% du budget de l’Union européenne estimé à 129,1 milliards d’euros, soit quelques 304 millions d’euros. Et ceci sans compter les lenteurs de la procédure d’allocation des ressources budgétaires dues, entre autre, au principe du vote à la majorité qualifiée. Les actions menées jusqu’à ce jour demeurent ainsi ponctuelles et élitistes.

La culture n’a, à vrai dire, jamais fait partie des priorités de la construction européenne. L’expression même de « politique culturelle européenne » a longtemps été bannie du vocabulaire de la Commission et des Etats membres, car sujette à de vives polémiques sur l’uniformisation de la culture et la remise en cause de la souveraineté des Etats. Il faut attendre la signature du Traité de Maastricht en 1992, trente cinq ans après le Traité de Rome, pour que l’Union européenne se dote de compétences culturelles, et ce dans le respect absolu du principe de subsidiarité qui interdit toute harmonisation. De nouveaux programmes voient le jour à partir de 1994, tel Kaléidoscope (consacré à la coopération artistique européenne), Ariane (pour les livres et la culture), ou Raphaël (dédié à la conservation et à la valorisation du patrimoine à dimension européenne). Le programme-cadre « culture 2000 » auquel a succèdé le programme « Culture 2007 » permet de coordonner les différentes actions dans le but de « renforcer la conscience d’un ‘espace culturel commun aux peuples d’Europe ». Cependant, toutes ces bonnes intentions se heurtent à des obstacles majeurs : le manque de moyens mis à disposition de la politique culturelle, la difficulté des petites associations non rompues à la collaboration européenne à parvenir à bénéficier de ces aides, ou encore la mauvaise préparation des acteurs culturels à la mobilité transfrontalière.

Pourtant, la promotion du dialogue interculturel apparaît de plus en plus important face aux nombreuses difficultés que rencontre le projet européen aujourd’hui (crise économique, échecs successifs de la ratification de la Constitution et du Traité de Lisbonne, mondialisation, élargissement et pression migratoire), lesquelles se traduisent par un euroscepticisme croissant de la part des citoyens européens.

Alors que l’Année européenne 2008 du dialogue interculturel s’achève, voici donc le temps des bonnes résolutions.


Logo de l’article : Logo officiel de l’Année européenne du Dialogue Interculturel, Commission européenne


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krokodilo
8 janvier 2009
17:08
L’Europe de 2008, bouillon de culture ?

Pour dialoguer, il faut se comprendre ! Pour avoir des journalistes européens, ou une opinion publique européenne, il faut se comprendre !

« Le programme-cadre « culture 2000 » auquel a succèdé le programme « Culture 2007 » permet de coordonner les différentes actions dans le but de « renforcer la conscience d’un ‘espace culturel commun aux peuples d’Europe ». Cependant, toutes ces bonnes intentions se heurtent à des obstacles majeurs : le manque de moyens mis à disposition de la politique culturelle, la difficulté des petites associations non rompues à la collaboration européenne à parvenir à bénéficier de ces aides, ou encore la mauvaise préparation des acteurs culturels à la mobilité transfrontalière. »

Par certains aspects, l’UE est une usine à gaz, une fabrique d’instituts, d’observatoires, de commissions totalement inutiles comme une bonne part de celles qui sont citées dans l’article. Ce n’est pas une question de moyens : même si le budget culturel doublait, triplait, quintuplait, la barrière des langues serait toujours présente. Tant qu’on refusera d’aborder sans tabous cette immense difficulté, on restera dans la théorie et les belles phrases vides de sens.

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krokodilo
17 janvier 2009
11:58
L’Europe de 2008, bouillon de culture ?

Le vrai dialogue interculturel que l’UE nous prépare, il est là (15 janvier 2009) : « The laureates of the 2009 European Union Border Breakers Awards (EBBA’S) have been chosen. »

http://ec.europa.eu/culture/news/ne...

Et là : « The findings above bring the European coordinator to formulate recommendations ;(…) Introduce English as »langue véhiculaire« for all services related to port approach and operations. » Luis Valente de Oliveira, European Coordinator for Motorways of the Sea – Priority Project 21 (0ct 2008)

http://ec.europa.eu/ten/transport/c...

L’UE sera, est déjà anglophone, du moins pour la plupart des coopérations professionnelles. La diversité culturelle ne sera une réalité que dans les manifestations culturelles subventionnées, alibi plurilingue de la construction européenne, ou au Parlement, et encore seulement lors des séances plénières, pas dans les petites réunions ni sur les documents. Seul le soutien progressif à l’espéranto comme langue véhiculaire pourrait éviter cette Europe à deux vitesses, avec une noblesse de langue native english, suivie d’une « élite », les « fluent » qui servent leurs intérêts, et la masse des citoyens de seconde zone.

Il faut cesser de mentir aux gens. Mais c’est peut-être trop demander.

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Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

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