La Bulgarie, paradis inconnu

- Source : www.government.bg
Les Bulgares reçurent en effet un petit bout de paradis, où ils vivent encore aujourd’hui. Dans ce petit pays, le soleil se lève au-dessus de la Mer Noire et se couche derrière les montagnes de Rila et de Pirin. La journée, le ciel bleu se reflète dans des lacs cristallins, et la nuit, les étoiles sont si proches de la terre qu’on pourrait presque les toucher. La nature sauvage est encore bien présente, et vous donne l’impression de ne faire qu’un avec l’univers. Dans ce pays, l’air est chargé du parfum des roses et du blé, et l’âme est imprégnée de la musique d’Orphée et du mysticisme des Thraces ; les habitants accueillent chaque visiteur de bon cœur, avec un sourire amical et de chaudes embrassades.
Pourtant, la plupart des Européens, de même que le reste du monde d’ailleurs, ne connaissent pas la Bulgarie sous cet angle. Ils ne connaissent pas le parfum enivrant des roses ni les danseurs folkloriques et le « mystère des Voix Bulgares », dont la gloire a sombré dans l’oubli. On ne parle plus de la presqu’île des Balkans en termes de pays des roses ou de trésor de l’humanité : pour beaucoup, la Bulgarie est avant tout un « nid de corruption ». Bien que la corruption ait toujours fait partie du paysage politique, cette vision négative de la Bulgarie, qui fait aujourd’hui presque valeur de loi tacite, a surtout éclaté au grand jour avec l’entrée du pays dans l’UE. Et cette corruption n’a pas pour unique conséquence d’agacer le consciencieux contribuable européen : elle a aussi de graves répercussions financières pour le nouvel Etat membre, et porte lourdement atteinte à son autorité et à sa crédibilité.
Les Bulgares et l’Union Européenne
L’année 2007 avait apporté de grands espoirs pour la population bulgare. Le rêve d’appartenance à la grande famille des pays développés de l’UE, qu’elle caressait depuis 20 ans, était enfin devenu réalité. Un événement historique, considéré comme une reconnaissance méritée de l’appartenance de la Bulgarie à l’Europe. L’entrée dans l’UE devait libérer la Bulgarie de sa réputation de pays postcommuniste, corrompu et peu développé, ainsi que de son étiquette de producteur d’immigrants et de fournisseur de main d’œuvre bon marché. Le droit d’être citoyen de l’Union apparaissait pour beaucoup comme le moyen de réhabiliter la dignité du peuple bulgare.
Pour les citoyens bulgares, l’entrée dans l’UE fut donc accueuillie avec l’espoir qu’après vingt ans de transition, le pays allait enfin avancer dans la bonne direction. L’attente la plus forte concernait bien sûr la perspective d’un niveau de vie plus élevé, d’une majorité de la population qui ne vive plus uniquement avec le minimum vital, de retraités qui n’aient plus à compter chaque sou pouvoir se permettre alimentation de base et médicaments. L’espoir d’une sortie de la stagnation, d’une mise en mouvement du pays qui permette aux jeunes de tenter d’y réaliser leurs rêves sans avoir à émigrer, de faire face à un avenir enfin sûr et serein.
La Bulgarie s’embourbe-t-elle dans la corruption ?
Deux ans plus tard pourtant, ces espoirs ont été largement déçus, se révélant trop optimistes, voire inaccessibles. Le pays en est resté au même point qu’à son entrée dans l’UE en 2007 : pas de lutte effective contre la corruption, pas de progrès dans la poursuite du crime organisé, pas d’amélioration du système judiciaire. Un ensemble de faiblesses déjà connues et officialisées par un rapport de la Commission européenne publié en juillet 2008. Suite à ce rapport, qui critiquait fortement la situation politique, administrative et juridique du pays, 560 millions d’euros de fonds européen destinés à la Bulgarie furent suspendus. Mais le malaise ne tient pas uniquement à ces conséquences financières dramatiques : celles-ci s’accompagnent de la colère et de l’insatisfaction des autres Etats membres de l’UE, voire même des citoyens européens. Le statut de la Bulgarie en tant que membre respectable et respecté de l’Union européenne semble remis en question.
La corruption de l’administration bulgare n’a pas uniquement de fortes répercussions vers l’extérieur, mais aussi vers l’intérieur. La méfiance de la population envers le gouvernement croît sans cesse, tandis l’enthousiasme lié à l’entrée dans l’Union chute. Une enquête d’Alfa Research rendue publique en décembre 2008 a ainsi montré que 52% des Bulgares pensaient que c’est avant tout le personnel politique qui retire le plus gros bénéfice de l’entrée dans l’UE, 40% soutenant même l’idée que ce sont « les gredins et les corrompus » en tirent le plus profit. Certes, 47% des 1250 personnes interrogées évaluent toujours l’adhésion à l’UE de façon positive, mais, pour les trois quarts d’entre eux, celle-ci n’a eu aucune influence sur leur propre vie. Les avantages considérés comme les plus intéressants sont la possibilité de voyager sans visa, l’accès facilité aux universités étrangères et les opportunités de travail à l’étranger... une liste qui prouve de manière plus flagrante encore l’insatisfaction des Bulgares vis-à-vis de leur gouvernement et leur déception vis-à-vis de leur propre pays. S’il en fallait une dernière preuve, celle-ci est livrée par le fait que 76 personnes sur 100 considèrent les critiques de Bruxelles à l’égard de la corruption qui règne dans le pays comme justifiées.
L’Europe, instance suprême

- Meglena Kuneva : commissaire européenne pour la protection des consommateurs
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Source : Commission européenne
L’Union Européenne apparaît ainsi comme une sorte d’instance suprême qui serait la seule en mesure de discipliner le pouvoir arbitraire du pays. La sévère claque reçue en 2008, avec la suspension des fonds structurels, fut certes douloureuse, mais elle a aussi poussé le gouvernement à augmenter ses efforts pour établir un Etat de droit fiable et solide. L’UE a ainsi par ailleurs renforcé son crédit, montrant que si elle offrait beaucoup d’opportunités, elle était également prête à punir sévérement les Etats membres qui n’en respecteraient pas les règles.
La Bulgarie s’apprête donc à affronter une période difficile. Elle doit non seulement lutter contre ses propres problèmes, mais aussi le faire de façon assez effective pour regagner sa crédibilité le plus rapidement possible, notamment face aux critiques qui considèrent l’échec du pays à lutter efficacement contre la criminalité et la corruption comme la preuve que l’élargissement à la Bulgarie et à la Roumanie était largement prématurée. S’il veut réfuter cette hypothèse et pouvoir enfin être considéré comme un partenaire fiable et méritant, le gouvernement bulgare doit maintenant redoubler d’efforts et faire preuve d’une progression réelle quant à son efficacité et ses résultats.
Source logo : old shoe woman ; tiziakaya, flickr.com


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Bulgarien – das Land der Rosen …und der Korruption
Bulgaria : il paese delle rose…e della corruzione 

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