La plus jeune et le plus âgé des Eurodéputés en tête-à-tête
Premier volet de notre série de rencontres « Deux visages, une Europe »
Elle a 32 ans, lui 85. Elle vient de Bulgarie, lui d’Italie. Elle fait partie du groupe conservateur et lui du groupe socialiste au Parlement européen. Tout les sépare, et pourtant : avec 53 ans d’écart, ces deux Députés européens sont mus par une même passion de l’Europe, par une même volonté de se rapprocher des citoyens européens. Interview croisée de deux personnalités du Parlement européen, l’Eurodéputé le plus âgé et la plus jeune.
Petya Stavreva et Giovanni Berlinguer
Née le 29 avril 1977, Petya Stavreva est l’Eurodéputée la plus jeune. Journaliste politique bulgare, elle s’intéresse plus particulièrement aux questions agricoles et à l’égalité des genres. Secrétaire de l’Union de la jeunesse agricole, Petya Stavreva s’est impliquée dès son arrivée au Parlement européen en 2007 dans les questions agricoles au sein de la commission parlementaire de l’agriculture et du développement rural. Elle siège au sein du groupe du Parti populaire européen et des Démocrates européens.
Né le 9 juillet 1924, Giovanni Berlinguer est actuellement le Député le plus âgé du Parlement européen. Il prend sa carte du parti communiste italien à 20 ans puis devient Secrétaire général de l’Union internationale des étudiants. Membre du comité directeur du parti communiste italien pendant 20 ans, il siège désormais au sein du groupe socialiste au Parlement européen. Docteur en médecine et en chirurgie spécialisé en médecine sociale et membre du comité international de bioéthique de l’Unesco, Giovanni Berlinguer s’intéresse aux liens entre conditions sociales et santé. Elu Eurodéputé à l’âge de 80 ans, il a présidé l’assemblée constitutive du Parlement européen en juillet 2004.
Pour quelles raisons êtes-vous devenu Député européen ?
Berlinguer : Parce que je me suis intéressé au relations internationales dès ma jeunesse, et j’ai voulu m’y impliquer à partir de 1949, date à laquelle j’ai été élu Secrétaire de l’Union Internationale des Etudiants.
Stavreva : Parce que c’est l’institution la plus démocratique dans l’Europe, parce que les gens viennent ici suite à un vote direct, c’est l’endroit où la voix de tous les Européens de tous les pays peut être entendue.
Depuis combien de temps occupez-vous la fonction de Député européen, et à quel âge avez-vous été élu au Parlement européen ?
B : Je suis devenu Député européen en 2004, à l’âge de 80 ans.
S : Je suis devenue Députée européenne en 2007, à l’âge de 30 ans.
En quoi cela a-t-il constitué une étape dans votre vie et dans votre carrière politique ?
B : Je n’ai jamais considéré la politique comme une carrière, mais comme un devoir et un service : la politique a toujours été pour moi un engagement moral. J’avais beaucoup d’activités avant de devenir Député européen. Je suis médecin du travail et professeur d’Université. J’ai travaillé dans le domaine de la bioéthique, j’étais Président du Comité national de bioéthique en Italie et membre de la Commission bioéthique de l’UNESCO. J’ai notamment travaillé au projet très ambitieux à l’OMS sur la détermination sociale de la santé. En devenant Député européen, j’ai élargi mes connaissances de l’UE et de ses besoins. J’ai également eu la possibilité d’apprendre énormément de choses liées à la pratique parlementaire, connaissances et expériences très utiles pour mes autres activités (politique sanitaire, équité dans la santé, bioéthique).
S : Avant, j’étais journaliste et je m’occupais des organisations des jeunes agriculteurs et des femmes. Maintenant, je peux continuer à m’occuper de ces thèmes très importants en tant que Députée européenne, à l’aide d’une expérience de terrain. Après, je veux continuer ici, mais c’est aux citoyens de décider.
Quelles ont été les difficultés majeures que vous avez rencontrées pour vous adapter à votre mandat ?
B : Sur le plan pratique, j’ai eu quelques difficultés avec l’intensité et la fréquence de voyages. Nous devons en effet beaucoup voyager entre la circonscription en Italie, Bruxelles et Strasbourg, sans compter les nombreuses délégations et missions à l’extérieur. Sur le plan politique, j’ai eu besoin d’un temps d’adaptation : je regrette de ne pas avoir suivi plus attentivement les activités du Parlement européen avant d’y être élu.
S : Etre députée est totalement différent du journalisme. J’ai dû apprendre très vite les règles pour réussir au sein de ce Parlement européen, les relations entre les Députés, les règles bien spécifiques de lobbying. J’ai eu la chance d’être aidée par de nombreux collègues, membres de ma Commission parlementaire ou de mon parti. Ca c’est une bonne chose dans le Parlement européen, les gens donnent une chance à tous ceux qui veulent travailler : si on est objectif, si on travaille, alors on est soutenu. Les voyages ne sont pas un problème pour moi.
Pouvez-vous me donner trois adjectifs qui pour vous décrivent un « bon » Député ?
B : Compétent, passionné, et surtout respectueux des autres.
S : Très actif, objectif et à l’écoute des citoyens.
Quel est le souvenir le plus fort de votre mandat au PE ?
B : Le premier jour, avec son lot de nouvelles rencontres, et surtout la possibilité de siéger à la présidence en temps que doyen d’âge ! Mais surtout, les meilleurs souvenirs sont ceux que les nombreux visiteurs m’ont laissé : la qualité et le nombre de ceux que j’ai accueilli soit comme visiteurs, soit dans une fonction de « stimolatori » de débats. Je pense surtout aux jeunes et aux personnes qui sont affectés par différents types de handicaps, physique et /ou mental.
S : Je garde surtout en mémoire le débat autour du Traité de Lisbonne, parce que ce Traité fait évoluer les pouvoirs du Parlement européen, donne plus de pouvoirs aux citoyens et ouvre une nouvelle page de la démocratie en Europe. J’espère que tous les pays vont finir par l’accepter.
Quelles ont été vos plus fortes déceptions et victoires ?
B : Ma plus forte déception fut le rejet de la Constitution européenne par les Français et les Hollandais.
S : Je suis toujours assez déçue du Conseil, qui n’accepte pas les propositions du Parlement européen sur beaucoup de thèmes, notamment à l’occasion du bilan de santé de la PAC.
B : Je pense avoir contribué, avec des millions des gens, à l’exclusion des soins de santé et de l’éducation, de la directive Services. Pour moi, cette sauvegarde de l’intérêt général représente une grande victoire.
S : Je suis très fière de mon 1er rapport, a été voté le 31 mars au sein de la Commission agriculture et développement rural.(ndlr : Rapport sur la proposition de règlement du Conseil portant modification du règlement (CE) n° 1698/2005 concernant le soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader)) J’ai proposé avec succès 1 milliard d’euros pour les régions rurales, et la création d’un fonds de garantie pour les agriculteurs. J’espère que le Conseil va accepter nos propositions.
Vous représentez- vous lors des élections de juin 2009 ?
B : Non. J’ai toujours participé à la politique et je vais continuer à le faire mais sans avoir des responsabilités politiques pour avoir la possibilité de continuer à m’occuper de mes intérêts, notamment la santé globale et l’équité dans la santé. Je me retire donc du Parlement européen, mais pas de la vie politique !
S : Oui. J’espère que je serais élue mais aux vues de l’ambiance politique assez tendue en ce moment en Bulgarie, les listes ne sont pas encore définies.
Passons maintenant à des questions plus générales sur votre vision de l’Europe. Quel est le souvenir le plus marquant de la construction européenne pour vous ?
B : La paix. Nous vivons en paix en Europe depuis 60 ans, pour moi c’est fondamental. Ce n’est pas un épisode, mais c’est une formidable chance pour tous les citoyens européens, notamment pour tous les jeunes qui ont eu la possibilité de voyager à travers l’Europe en apprenant à se connaître.
S : L’élargissement, sans hésitation ! C’est grâce à cette étape que la Bulgarie fait désormais partie de l’Union européenne.
Que pensez-vous de l’évolution du Parlement, de son rôle et que lui souhaitez-vous pour son avenir ?
B : Je souhaite que le Parlement ait la capacité de comprendre les exigences et les opinions des citoyens, en privilégiant les décisions répondant à leurs besoins.
S : Le Parlement européen devient de plus en plus démocratique, a plus de pouvoir, plus de possibilités d’influencer l’évolution de l’Europe en général. Je souhaite que ce processus continue parce qu’il faut que la démocratie et l’Europe soient des succès.
Trois choses que vous changeriez volontiers en Europe
B : Je changerais tout d’abord l’incapacité de l’Europe à parler d’une seule voix concernant la politique extérieure, ainsi que la faiblesse de l’Union européenne au Moyen-Orient. Enfin, pour l’énergie et l’environnement, nous avons fait quelques démarches timides dans la bonne direction, malheureusement sans avoir le courage de concrétiser nos prises de position.
S : Tout d’abord, je souhaiterais que les questions européennes et l’Europe aient un visage plus humain, qu’elles soient plus proches de citoyens, moins bureaucratiques. De plus, je voudrais que l’Union européenne affiche un soutien plus fort en faveur des nouveaux Etats membres, à travers l’accroissement de subventions. Enfin, je souhaite une politique de l’emploi plus harmonisée.
Que pensez-vous du lien entre les citoyens européens et les institutions européennes ?
B : Je pense qu’il faut d’urgence revoir ce lien. L’Europe a toujours essayé de convaincre par le haut, mais ça n’a pas donné de bons résultats.
S : Je crois que le lien n’est pas assez direct, parfois il y a plusieurs niveaux par lesquels il faut passer pour trouver une solution à son problème. Chez nous en Bulgarie, le Parlement européen est perçu comme une institution lointaine, les citoyens ne connaissent pas les institutions, ne savent pas pourquoi elles existent. Les membres des institutions, notamment les Députés, doivent faire un effort d’explications, de communications, d’informations. Je pense qu’il faut être proche des citoyens, instaurer un dialogue. Je le fais chaque semaine, je veux voir les gens les yeux dans les yeux et avoir un contact direct.
Comment voyez-vous l’Europe en 2030 ?
B : J’aimerais être encore là pour la voir ! Actuellement, l’Europe vit une crise profonde mais elle est également forte. En 2030, j’imagine une Europe plus unie et plus démocratique.
S : J’espère que l’Europe sera plus grande avec beaucoup d’Etats membres, plus harmonisée et que les frontières entre les différents Etats membres n’existeront plus mais que les traditions seront toujours présentes. J’espère que les citoyens européens auront plus confiance dans les institutions. Je ne serai plus là en 2030, je vais passer le flambeau. J’ai reçu la possibilité d’être Députée jeune, j’ai envie de laisser les autres aussi après moi.
Un grand merci à Petya Stavreva et Giovanni Berlinguer pour leur disponibilité. Ces entretiens ont révélé deux personnalités profondément européennes avec énormément de points communs quant à leur vision de l’Europe et surtout, une même volonté : rapprocher l’Europe des citoyens, communiquer, expliquer. Au-delà des différences d’âge, d’origine géographique et de sensibilité politique, ces deux Députés vivent l’Union européenne de la même façon, avec les mêmes déceptions et les mêmes espoirs, et nous offrent une belle leçon : quel que soit notre âge ou notre origine géographique, nous sommes tous Européens.
Crédits photos : Euros du Village Bruxelles
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Super cette page ! Quelle belle idée de rapprocher ainsi des personnes qui dialoguent. MERCI pour leur disponibilité et la simplicité de leurs propos. Grand support d’optimisme dans cette campagne si triste. J’enregistre avec grand plaisir l’ensemble des échanges et les citerai dans le corps de mes conférences. Anne-Marie
Merci beaucoup AMD pour votre commentaire.
A vrai dire, cette rencontre est la première d’une lignée, puisque nous lançons une série de dialogues de ce type entre des personnalités européennes qu’en apparence tout oppose. D’ici quelques jours, une nouvelle découverte vous attend, et ces rencontres se poursuivront jusqu’à la fin de l’été 2009.
Merci pour votre fidélité
Excellente idée je dois dire ! Bravo !
salut marie, et merci pour l’article ! 85 ans, quel homme ! xx, jean C.
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Marie RAMOT















