Les 27 tournent le dos a Kadhafi et ouvrent les bras aux rebelles
Une chose est claire pour les Vingt-Sept chefs d’Etat ou de gouvernement : Le Colonel Kadhafi doit démissionner sans délais ! Le Conseil européen s’est engagé à examiner toutes les options nécessaires pour protéger la population civiles du régime de Kadhafi. Dans sa Déclaration, le Conseil européen affirme également avec détermination que l’usage de la force contre les civils est inacceptable et doit cesser immédiatement. La sécurité de la population doit être garantie par tous les moyens ! Le président du Conseil européen a enfin demandé la réunion rapide de la ligue arabe, l’Union africaine et de l’Union européenne pour examiner la situation.
Cédant aux injonctions du Parlement européen, les Vingt-Sept ont décidé de reconnaître le Conseil national libyen de transition comme interlocuteur politique privilégié pour discuter du futur de la Libye. Cette reconnaissance européenne fait suite à la décision du Président français de reconnaître le gouvernement transitoire libyen.
Cette décision du Conseil européen est certes courageuse dans le sens où elle rompt clairement avec le Colonel Kadhafi. Mais elle n’en reste pas moins hasardeuse et précipitée. Comme le souligne Werner Hoyer, le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires étrangères « La situation est encore trop confuse pour décider comment on doit procéder (…) les structures du gouvernement de transition ne sont pas encore claires ».
En réalité , reconnaissance du gouvernement provisoire révèle la situation d’angoisse dans laquelle se trouve l’Union européenne dans la gestion de cette crise libyenne. En rompant les relations avec Kadhafi, les Vingt-Sept se retrouvent sans interlocuteur politique. Le propre Président du Conseil européen admet la situation : « si nous ne voulons pas négocier avec Kadhafi, nous avons besoin d’un interlocuteur : « le conseil transitoire est un interlocuteur ». Pour Herman Van Rompuy, les membres du Conseil transitoire sont des personnes vaillantes qui ont pris la décision de rompre avec Kadhafi et de rejoindre la rébellion au péril de leur vie ; pour cette raison « nous les considérons suffisamment fiables ». Cette réponse est politiquement préoccupante car elle est l’aveu de la part de l’Union européenne du manque d’information sur le groupe de rebelles libyens et laisse entrevoir les lignes d’un pari diplomatique très risqué pour l’Europe.
Un Conseil divisé sur des actions militaires contre le Régime de Kadhafi
M. Van Rompuy a insisté sur le fait que les responsables des attaques sur la population civile devront en assumer les graves conséquences. Pour cette raison, les 27 ont confirmé leur volonté de maintenir la pression politique et économique sur le régime du Colonel Kadhafi. Concernant l’option militaire, Paris et Londres espéraient un feu vert du Conseil européen pour organiser des frappes aériennes ciblées et instaurer une « zone d’exclusion aérienne » sur la Libye. Pour le moment il n’en sera rien ! Comme c’était à prévoir, l’action militaire suscite de sérieuses réserves et les 27 apparaissent divisés sur la question.
L’Allemagne, s’est montrée très prudente et la Chancelière Merkel a indiqué son profond scepticisme. Quant à la France, Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il pourrait se passer de l’accord du Conseil de sécurité pour intervenir militairement en Libye. En coulisse certains diplomates évoquent, en cas d’intervention militaire, le risque d’une partition de la Libye. Prenant note des divergences, Herman Van Rompuy a précisé que les possibles options militaires s’activeraient en cas de nécessité démontrée, sur une base légale claire et avec l’appui des forces régionales.
L’Union européenne est donc dans l’attente du résultat de la réunion de la ligue arabe qui se déroulait ce weekend pour décider d’une action concertée, planifiée et exécutée en collaboration avec les pays arabes. Quant à la base légale venant d’une Résolution du Conseil de Sécurité, il est fort peu probable qu’elle arrive un jour en raison de l’opposition russe et chinoise.
Une fois de plus, l’UE démontre que, malgré la bonne volonté, elle reste un nain politique en se maintenant dans un registre de déclaration et non d’action.


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