Avec la discussion d’un nouveau plan de sauvetage en faveur de la Grèce, la designation de Mario Draghi à la tête de la BCE et la conclusion des négociations d’adhésion avec la Croatie, la réforme de l’espace Schengen constituait le quatrième principal point à l’ordre du jour d’un Conseil européen de juin particulièrement chargé, et il est peu de dire que le résultat laisse perplexe.
Les Etats membres ont ainsi adopté un accord politique en vue de renforcer le « contrôle politique » de la situation dans l’espace Schengen et de pouvoir si besoin est renforcer les contrôles aux frontières, en premier lieu les contrôles aux frontières nationales. Selon les nouvelles règles (si celles-ci sont acceptées par le Parlement européen, ce qui est très peu probable), des contrôles aux frontières nationales pourront être réinstaurées en cas de pression migratoire « exceptionnelle », définie comme telle par des critères communs.
Officiellement, il s’agit donc d’une avancée puisqu’il s’agit d’empêcher certains Etats membres de rétablir leurs contrôles aux frontières de manière unilatérale, comme le Danemark avait récemment menacé de le faire. Cependant, on peut légitimement se demander si l’Europe ne s’oriente pas tout droit dans la mauvaise direction, et ce pour plusieurs raisons : car elle envoie un message quasiment explicite aux citoyens des pays arabes qu’elle leur ferme sa porte, en pleine période de révolutions pro-démocratiques ; car elle trahit clairement la défiance qui règne entre les Etats membres de l’UE eux-mêmes, certains Etats du Nord n’ayant clairement aucune confiance en la capacité des Etats frontaliers comme la Grèce, l’Italie, la Bulgarie et la Roumanie d’assurer un contrôle efficace des frontières extérieures ; et car face à ces doutes en eux-mêmes tout à fait légitime, les Etats membres font encore une fois le choix du détricotage et de l’action individuelle, sans prendre la mesure des besoins d’action collective qu’exige des problématiques on ne peut plus communes que sont aujourd’hui la libre circulation, l’immigration et le droit d’asile…


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