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Les Européens ouvrent la boite de Pandore

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Un échec total. Le conseil européen s’est déroulé dans une ambiance de règlement de comptes, sans pour autant qu’aucun compte ne soit réglé. La crise s’amplifie, s’enfonce, mais comme toujours - on le sait, on le dit - l’Union saura rebondir. Or un rebond, ça ne résout rien. Surtout s’il s’agit d’un rebond en arrière.


C’est à la limite une lapalissade : un objet qui tombe, rebondi. C’est surtout une belle formule diplomatique qui n’a rien de scientifique et qui pourtant est reprise un peu partout dans la presse, à la faveur d’une histoire européenne vue par le petit bout de la lorgnette. Nous sommes tous d’accord : la crise ne sera pas éternelle. Mais en sortir un jour ne veut pas dire forcément avancer.

On peut tout d’abord, bien sûr, évoquer les conclusions du conseil européen des 16 et 17 juin qui fut certainement l’un des plus pathétiques de l’histoire. Tony Blair s’est acharné à enfoncer encore un peu plus la France dans son désarroi, elle-même braquée sur la PAC, en refusant de bouger sur son rabais. Une querelle Chirac-Blair qui laisse des dégâts monstrueux, notamment sur le plan international alors qu’il était question pour l’Union de renforcer ses actions de politique extérieure (Afghanistan, Proche-Orient, OMC). Mais plus directement, pas d’accord : le budget 2007-2013, déjà mal parti, est dans l’impasse. Les impératifs d’investissements supplémentaires dans la recherche, les aides aux pays les plus pauvres, la stratégie de Lisbonne, à la poubelle ! Il faudrait bien du courage pour plonger les mains dans les ordures afin de les récupérer. Mais le courage est aussi une ressource rare à l’échelle européenne en 2005.

Petite parenthèse toutefois, histoire de ne pas vous plonger dans la dépression. Il y a quand même quelques éléments positifs par les temps qui courent qu’il convient toutefois de signaler. Ils viennent de la cour de justice (CJCE) et des ministères de la défense de cinq pays européens. La CJCE, en effet, a rendu un arrêt qualifié d’historique par la commission (arrêt Pupino), disposant que les Etats membres avaient l’obligation de mettre en conformité leur droit avec les dispositions communautaires en matière de coopération policière et judiciaire. Autre progrès donc, cette fois dans le domaine de la défense : Michèle Alliot-marie, ministre française de la défense, accompagnée de ses homologues italien, néerlandais, portugais et espagnol, a inauguré la mise en place de la force de gendarmerie européenne (FGE) et d’une force de réaction rapide de 800 hommes baptisée Eurogendfor. Parenthèse fermée.

Quoi qu’il en soit, nous assistons à un retour en force à la prime aux intérêts purement nationaux, comme l’Europe l’avait connu de 1974 à 1984. Il y avait certes Margaret Thatcher en trublione inflexible mais isolée (« qu’est-ce qu’elle veut celle-là, mes couilles sur un plateau ? », aurait affirmé Chirac en plein conseil européen, selon la légende), mais l’UE c’était alors 10 Etats membres assez proches économiquement si l’on excepte la Grèce, Delors à la commission, Giscard-Schmidt puis Mitterrand-Kohl en duos, et peu de choses au-delà de l’économique. Pour rebondir, il y avait du ressort.

Or la dynamique européenne actuelle et à venir n’offre apparemment pas autant de perspectives de sortie du tunnel, sauf dans une optique britannique.

Car en effet, il n’y a pas de doute, le plan B en perspective c’est le plan Blair. Un programme européen de réformes sur la flexibilité du marché du travail, de réduction des subventions publiques ou de libéralisation du marché de l’énergie qui baigne joyeusement dans l’ultralibéralisme. Face à cela, la voix de la France, qui prône toujours un modèle opposé qui semble largement dépassé, est considérablement réduite et incapable de fédérer autour d’elle, portée en outre par un président pitoyable à la limite de l’agonie. L’Allemagne, elle, soutien encore, pour la forme, mais elle ne sera sûrement pas prête à s’accrocher indéfiniment au couple franco-allemand jusqu’à en manger son chapeau.

D’autant que des nuages s’annoncent à l’horizon. Le tableau de l’Europe politique des années à venir est en effet loin d’être encourageant (ni très sexy, mais c’est accessoire). Gerhard Schröder risque de laisser la main à Angela Merkel, une chrétienne démocrate aux vues proches de Blair et semble-t-il peu conciliante à la vue de ses attaques violentes contre la position européenne du chancelier actuel, soutenue en outre par une CDU qui n’entend pas faire de cadeau (avec notamment l’encombrant conservateur bavarois Edmund Stoiber). En Italie, Berlusconi va sans doute tomber l’année prochaine, ce ne peut être qu’une bonne chose pour l’Europe. Mais son successeur, même dans l’hypothèse Romano Prodi, sera-t-il capable de surmonter la cacophonie et l’état de décrépitude d’une Italie en crise profonde et dont la voix s’est terriblement amoindri ? En Grande-Bretagne, Tony Blair, le plus pro-européen des travaillistes malgré tout (n’a-t-il pas ouvert la voie à l’Europe de la défense en 1998 au Somment de saint Malo ?), laissera peut être la place à Gordon Brown, son actuel chancelier de l’Echiquier, aux vues bien plus conformes à celles de ses concitoyens, fermement atlantiste et peu enclin à laisser à une UE incapable des marges de manœuvre supplémentaires. A l’est, le tableau n’est guère plus reluisant : le très populaire président de la République Tchèque, Vaclav Klaus, est un fervent souverainiste anti-européen, et en Pologne les élections législatives de septembre devraient vraisemblablement déboucher sur la victoire du centre-droit, talonné par les mouvements populistes nationalistes, face à une majorité en décomposition avancée. Et ce sera au tour de la France, en 2007. Après Chirac, qui ? Qui, capable en France de porter un renouveau européen ? Sarkozy, Fabius ?

Les pays de l’UE semblent bien incapables de parvenir à saisir ensemble les enjeux en cours depuis le début des années 90 et à venir : adaptations des systèmes économiques et sociaux, renforcement de la compétition dans le cadre de la globalisation, redéfinition progressive des équilibres géopolitiques européens – ancien espace soviétique en particulier - et mondiaux - avec la montée de la puissance chinoise surtout. La faiblesse des économies allemande, française et italienne ne fait plus de doute sur l’échec de la vision de ces pays. A vrai dire, les seuls à avoir réussi à trouver leur voie sont les Britanniques. Face à Blair, appuyé par la Hollande, la Finlande, la Suède et maintenant par Zapatero lors du dernier conseil européen, Chirac et ses soutiens, Schröder et Junker, semblent bien palaud.

L’Europe à la française a perdu, et ce sont les Français eux-mêmes qui ont donné les clefs de l’Europe à Tony Blair. La boite de Pandore a été ouverte. Il sera difficile d’en récupérer les morceaux envolés et de vite de refermer la boite.

Alors, ce rebond, c’est pour quand ?


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Jean-Baptiste
18 octobre 2006
20:28
Les Européens ouvrent la boite de Pandore

Le sommet de la semaine dernière a en effet été pire que je l’imaginais. Au moins aura-t-il peut-être eu le mérite de nous montrer que même les modestes Luxembourgeois sont capables de produire des hommes politiques de grandes pointures. Jean-Claude Juncker, au-delà de l’énergie qu’il a dépensé dans la campagne référendaire française, a montré ses talents de diplomates tout en faisant preuve d’une grande franchise de pro-européen (cf. ces remarques en conférence de presse où il faisait part de sa « honte » sur la teneur du débat budgétaire). Le « forcing » de Blair est une parfaite leçon de Realpolitik. Même si, dans l’idéal, le projet européen doit être porté par les citoyens, on sait très bien que les grandes impulsions données à l’Union sont le fruit de rapports de force entre Etats. Si la France et l’Allemagne sont d’accord (épaulées par quelques autres « anciens » de l’Union), elles ont le pouvoir de faire avancer les choses. L’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union et l’élargissement de 2004 font que le « couple » franco-allemand doit composer avec la Grande-Bretagne pour former ce « noyau dur ». La preuve est là, dans la réalisation de projets européens « concrets » (Airbus, Galiléo, la défense, etc.). Mais rapports de force signifie se donner soi-même de la force, en faisant quelques compromis et en acceptant d’aller toujours de l’avant sans forcément renier ses idéaux. Dire « non » à la « Constitution » semblaient pour certains être l’arme « fatale » à laquelle l’ultra-libéralisme ne pourrait résister. Le système est toujours là, tel quel, mais les forces novatrices (celles qui plaidaient pour un « oui ») ont trébuché. Blair joue donc les bulldozers en y allant « au culot » (car il faut en avoir du culot pour remettre en question la PAC si fortement et bloquer les fonds de solidarité avec les nouveaus Etats membres !!), normal, il est en position de force. Il en profite même pour donner sa vision de l’Europe de demain, dont on s’aperçoit (oh mon dieu !) qu’elle rompt avec la construction disons franco-allemande. Tout n’est pas perdu, il reste du temps pour les négociations budgétaires, mais je laisse les « nonistes » un peu narcissiques déguster le plomb britannique que tout le monde se prend dans les dents, et les balles perdues qui commencent sérieusement à inquiéter nos amis de l’Est, nos candidats à l’adhésion... voir même nos voisins outre-atlantique qui savent pertinemment qu’ils ont plus besoin de nous en ce moment que nous avons besoin d’eux (à moins qu’ils aient eux-aussi quelque chose à nous proposer pour la suite des événements...). A suivre donc, mais tout cela commence bien mal.

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Elisabeth
18 octobre 2006
20:28
Les Européens ouvrent la boite de Pandore

bonjour, en réaction au message précédent : Il faudrait m’expliquer ce que les Luxembourgeois ont de « modeste ». Jean Claude Juncker, a comme vous le signalez, eu le courage, lui, de secouer la troupe des 25.

Le Luxembourg n’est pas un petit pays. Il n’existe pas de peuples modestes.

L’approche européenne, il me semble, nécessite de ne pas faire de classement entre les Etats membres (superficie, PIb , nombre de banques au m², moyenne de tour de mollet - qui serait de toute manière plus élevée au Pays Bas qu’en France), surtout venant de nous, les français et notre réputation minable à ramasser à la petite cuillère. la France et les français sont aujourd’hui modestes eux, dans leurs ambitions pour la France et surtout pour l’Europe. Il me semble qu’il nous faut être se garder de considérations douteuses et tenter d’avoir une vision plus européenne encore. Ah, et puis autre chose, Blair a le grand mérite de poser la question de qu’est ce qu’on veut et où on va dans cette drôle d’Europe. Il nous permettra peut être de s’éloigner d’un budget trop conservateur, qui, à coup sûr, tuerait nos ambitions (si ambitions il y a.. AH oui, la stratégie de Lisbonne.... avais oublié...). Il est effrayant de voir au JT de 20h comme les médias français ont vite trouvé un responsable de l’échec du sommet et donc, de tout le reste. Pas un mot sur l’intransigeance française à propos de la PAC. Voilà un nouveau moyen de déresponsabiliser ceux qui ont voté non. et oui ! le cirque européen actuel est bien la très grande faute du vilain Blair (avec gros plan sur la tasse de thé que l’effronté a le toupet de tenir dans sa main... ça , si c’est pas de la provoc !)... salaud !!! hé hé. En conclusion, la bise à nos amis britanniques et luxembourgeois...

Jean-Baptiste
18 octobre 2006
20:29
Les Européens ouvrent la boite de Pandore

Je n’ai bien entendu rien contre nos amis Luxembourgeois. 400 000 habitants est simplement, à mon humble avis, une population « modeste » dans l’Union européenne de 455 millions d’habitants. Pour avoir rencontré des concitoyens luxembourgeois, je pense pouvoir dire aussi qu’ils sont « modestes » dans l’image qu’ils ont d’eux (tout comme les Belges), ce qui est pour moi... une qualité ! De toute façon, ils ont toujours joué un rôle actif dans la construction européenne, même si le nom Santer ne rappelle pas que des bons souvenirs. Quant au « bouc émissaire » Blair, je ne le considère pas comme tel, loin de là, j’ai eu l’occasion de le dire avant le Conseil européen (cf. article « en attendant les 16-17 juin »). Il a peut-être de bonnes raisons de « secouer le cocotier », mais si on décide de réduire la PAC, qui va payer les paysans ? Les Etats ? Renationaliser la PAC est une hantise à Bruxelles qui traîne depuis longtemps. Et tout le monde sait que supprimer les subventions revient à tuer définitivement la paysannerie. On peut très bien débattre du contenu et des modalités de la PAC, mais il faut savoir si l’on veut encore plus abandonner nos territoires. De plus, on a beau jeu de dénoncer les agriculteurs français, mais la PAC a vocation a s’étendre à tous les pauvres paysans (dans le sens économique du terme) à l’Est... donc attention à ce que l’on fait. Dernière remarque : je veux bien que l’on dénonce le fait que 40 % du budget aille à la PAC, mais il y a bien une raison à celà : c’est la seule politique économique entièrement communautarisée ! Si par bonheur tous les Etats décidaient de « communautariser » tous leurs budgets de recherche et développement ou autres subventions aux entreprises... eh bien la PAC ne serait qu’une petite fraction du budget parmi d’autres. C’est une question élémentaire : le budget communautaire ne comprend que ce que les Etats ont bien voulu y mettre... en l’occurence des sous pour les agriculteurs et les fonds régionaux. Mais je ne suis pas du tout contre l’idée d’y mettre autre chose ! Je ne crois tout simplement pas trop à l’audace des Etats membres sur ce sujet. Mais la bise quand même à nos amis britanniques, luxembourgeois et autres !

Elisabeth
18 octobre 2006
20:29
Les Européens ouvrent la boite de Pandore

Il va sans dire que loin de moi était l’idée de vous reprocher quoi que ce soit en matière de Blair, ou quelque opinion que vous puissiez avoir (je n’ai pas lu toutes les contributions). Néanmoins, je persiste, le terme modeste, positif ou négatif, me semble très mal venu. Je peux surenchérir, ayant moi même vécu au Luxembourg, et vous donner un sentiment très peu scientifique sur les luxembourgeois… mais ce serait stérile. Quand à la PAC, soyons honnêtes, elle n’a pas vocation à s’étendre aux dix nouveaux Etats membres, en l’état tout du moins. Les vrais enjeux de la PAC sont technologiques et environnementaux. Dépenser ces 40% de 1% dans une agriculture respectueuse de l’environnement serait évidemment une grande ambition… Ceci dit, je souhaite, aux modestes luxembourgeois, aux braves belges, à ces traîtres d’anglais, aux espagnols à sang chaud, aux plombiers polonais (quoi que dans ma famille il étaient mineurs, les temps changent), ainsi qu’à vous-même, une bonne soirée. Je pars évangéliser celui qui ignore et qui peut m’apprendre.

Bornéo
18 octobre 2006
20:30
Les Européens ouvrent la boite de Pandore

L’Europe à la française était une Europe sous conditions. Oui, mais avec la Pac. Oui, mais avec l’exception culturelle. Oui, mais avec le Lobby nucléaire et militaro industriel tout puissant (n’est ce pas Mr Dassault qui possédait désormais l’essentiel de la Presse française). Si Tony Blair peut mettre un coup de Balai (avec l’aide désinterressé des Nonos) dans tout celà, j’applaudirai. Ceci dit, le volet démocratique, le renforcement du Parlement européen, ce qui était l’essentiel de la Constitution à mes yeux, est fortement compromis.

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Auteurs

Mathieu COLLET

Président, directeur

Créateur d’Euros du Village, Mathieu dirige le projet. Il est également président d’Euros / Agency, agence de conseil en stratégies de communication créée en décembre 2011. Diplômé de Sciences Po Grenoble, d’un DEA de Sciences Politiques, et d’un Master (...)
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