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Politique Spatiale : L’Europe (presque) au firmament

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De Galilée à Galiléo, l’Europe spatiale cherche toujours à décoller

De 1609 à 2009, quatre siècles séparent la première observation du ciel à la lunette par le célèbre scientifique italien Galilée de l’année mondiale de l’astronomie proclamée par l’ONU, qui lui rend hommage. Depuis cette révolution par l’observation, Kepler, Newton puis Einstein, précédés par tant d’autres, ont expliqué le mouvement des planètes et théorisé la mécanique céleste ; l’Homme s’est lancé dans la conquête de l’espace. Cette année symbolique est l’occasion de faire un point sur les choix de l’Europe spatiale.


L’espace, un secteur qui ne connaît pas la crise

L’ESA (Agence Spatiale Européenne)

Fondée en 1975, l’Agence spatiale européenne a pour mission d’élaborer et de mettre en œuvre le programme spatial européen. Ayant son siège à Paris, elle compte aujourd’hui 18 pays membres (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, République Tchèque et Suisse) auxquels s’ajoutent d’autres Etats (Canada, Hongrie, Pologne, Roumanie) qui participent à certains projets de coopération. Comme l’indique cette liste, tous les Etats membres de l’ESA ne sont pas membres de l’Union européenne. L’ESA est en effet une organisation intergouvernementale distincte et indépendante de l’UE, même si elle entretient avec elle des relations privilégiées en vertu d’un accord-cadre. Financée par ses membres, l’ESA fonctionne sur la base de la règle du « juste retour géographique » qui signifie qu’elle investit dans chaque pays membre un montant équivalent à l’investissement reçu de ce dernier. Il s’agit là d’une différence notable avec l’UE, au sein de laquelle ce principe du « juste retour » est interdit.

Avec des déficits publics proches de l’explosion sous le double effet des « stabilisateurs automatiques » et des plans de relance, on pourrait penser que la politique spatiale, comme d’autres secteurs qui ne sont a priori pas « centraux » pour l’économie européenne, aurait à pâtir de rudes coupes budgétaires. Or, rien de tel à l’horizon : Réunis à La Haye à la fin novembre 2008, les ministres en charge de l’espace des 18 pays membres de l’ESA (European Space Agency, l’Agence Spatiale Européenne, voir encadré) décidaient de consacrer à l’organisation intergouvernementale près de 10 milliards d’euros d’ici à 2011, ce qui représente une augmentation de 20% par rapport à la dernière conférence ministérielle de l’ESA, réunie à Berlin en 2005.

Au rang des programmes les mieux dotés, l’exploitation de la station spatiale internationale (ISS comme « International Space Agency »), soutenue par l’Allemagne, qui se voit allouer 1,37 milliards d’euros avec une possible rallonge si les financements venaient à manquer avant la prochaine réunion ministérielle de l’ESA, prévue en 2011. Cette somme servira principalement à construire quatre « ATV » (véhicule de transfert automatique), les ravitailleurs spatiaux européens qui fournissent en vivres les équipages de l’ISS. Autres dossiers financés, le programme GMES-Kopernikus (« Global Monitoring for Environment and Security ») de surveillance de la Terre, la troisième génération de satellites météorologiques « Météosat », la fusée Ariane 5 dont les capacités d’emports devraient être augmentées à l’horizon 2017 ainsi qu’une myriade de projets nouveaux ou en cours concernant la recherche spatiale, les télécommunications, la navigation par satellites dans le cadre de l’initiative « Galileo », etc.

Un enjeu stratégique pour l’Europe

Comment expliquer le choix de cette augmentation des dépenses, fait en novembre 2008 soit après le déclenchement de la crise financière et le lancement des premiers plans de relance, et non remis en cause depuis malgré la dégradation continue du contexte économique ? Une première cause de ce maintien est vraisemblablement liée à l’importance stratégique d’une politique spatiale, que les dirigeants européens semblent admettre de plus en plus volontiers, après s’y être longuement refusés. Sans oublier les retombées multiples de la recherche scientifique et de l’innovation dans le domaine spatial, notamment en termes d’applications commerciales pouvant être mises au service des citoyens (ce qui vaut particulièrement dans le domaine des télécommunications), l’espace est en passe de s’imposer comme un outil indispensable à la maîtrise de nombreux défis du 21ème siècle, et en particulier des défis climatiques. Un outil qu’il est donc essentiel de maîtriser de manière indépendante, d’autant plus qu’il peut au-delà apparaître comme un élément efficace pour la construction d’une « Europe politique » en tant que « catalyseur d’identité » symbolique et identifiable. La Commission européenne avait d’ailleurs détaillé les raisons de la politique spatiale européenne dans une communication publiée en avril 2007.

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Ariane

Les fusées Ariane sont la réalisation la plus marquant de la coopération européenne dans le domaine spatial. Celle-ci n’a cependant pas encore permis à l’Europe d’envoyer ses astronautes dans l’espace avec sa propre technologie, un manque qu’elle souhaiterait combler.

(Photo : astirn, flickr.com)

La seconde raison du développement actuel de la politique spatiale est pourtant bien moins idyllique que le tableau d’une Europe consciente des enjeux stratégiques de demain : Avec 10 milliards € sur 3 ans d’ici à 2011, l’effort financier européen reste largement inférieur à celui de ses concurrents. A l’heure où plusieurs robots américains ont déjà parcouru les vallées martiennes, où la Chine a déjà envoyé ses « taïkonautes » dans l’espace et prévoit de concurrencer les Etats-Unis dans la reconquête de la Lune avec Mars pour ligne de mire, le budget de l’ESA, avec 10 milliards € sur trois ans d’ici à 2011, demeure très inférieur à celui de la NASA, laquelle dispose de plus de 17 milliards de dollars pour la seule année 2009.

Autre constat, en partie liée à la remarque précédente, l’Europe manque de programmes spatiaux médiatiques. La rover européen ExoMars ne devrait pas arpenter le sol martien pour y rechercher des traces de vie avant 2016. En cause, un budget initial qui a doublé entraînant des problèmes de financement. A La Haye, les ministres ont repoussé à 2011 la décision de mettre au point une version de l’ATV pouvant transporter des astronautes. Résultat, les astronautes européens continuent d’être transportés par des vaisseaux russes ou américains. Pourtant ces programmes à forte visibilité politique et médiatique apporteraient un coup de pouce à une identité européenne qui peine à émerger, en sus des bonds technologiques et scientifiques qu’ils engendreraient. Les Russes et les Américains dans un autre contexte et, aujourd’hui, les Chinois ont bien compris les enjeux de puissance de l’espace. Malgré ses efforts, l’Europe semble encore un peu hésitante… au risque de prendre un train de retard.


Logo : Service audiovisuel de la Commission européenne


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Emmanuel KATRAKIS

Emmanuel a effectué ses études de droit dans les universités de Paris X Nanterre, Paris I (Panthéon-Sorbonne) et Paris II (Panthéon-Assas). Au cours de ces années, il a fait un détour par la faculté de droit de Bergen, en Norvège, le temps d’une année (...)
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