L’accord, qui date de la mi-septembre, prévoit dans son premier volet la reconnaissance des pratiques œnologiques plus libres des producteurs américains, comme « l’aromatisation artificielle » (par exemple ajouter de l’arôme de mûre), l’introduction de copeaux de bois dans les barriques (pratique généralisée en Californie accentuant le goût boisé) ou « le mouillage » (ajout d’eau pour faire baisser le titre alcoolique). Ce volet de l’accord équivaut à une reconnaissance réciproque des pratiques œnologiques. Ce point est assez controversé puisque comme l’indiquait l’Association des régions européennes viticoles (AREV), les pratiques œnologiques traditionnelles, qui font partie intégrante de la culture vitivinicole européenne [1], risquent d’être remises en question, entraînant par la même occasion une perte de compétitivité.
Le deuxième volet important de l’accord concerne les indications géographiques protégées. Jusqu’à présent de célèbres appellations d’origine contrôlées (AOC) françaises étaient utilisées aux États-Unis, en étant accompagnées du nom de la région où le vin est produit. Selon l’accord, le gouvernement américain s’engage à proposer au Congrès américain de modifier le statut de 17 appellations (dont Bourgogne, Chianti, Sauternes, Madeira …) d’origine européenne afin d’en restreindre l’utilisation aux seules marques existantes et de ne pas créer de nouvelles marques avec ces dénominations et en faire ce que les autorités américaines appellent des « semi génériques ». Ainsi les dénominations européennes sont davantage protégées qu’auparavant sur le sol américain. Mais il n’y pas d’interdiction d’utiliser le terme « Bourgogne » ou de « Sauternes » aussi bien pour le marché intérieur américain qu’international dans la mesure où le produit existait avant l’accord. Or comme le souligne le Parlement européen dans une résolution à ce sujet, la plupart des vins bénéficiant d’une dénomination d’origine sont élaborés par des procédés traditionnels coûteux et suivant des paramètres de qualité. De plus, ces procédés ne peuvent se comparer aux procédés industriels utilisés pour la fabrication des vins d’autres zones géographiques, comme les Etats-Unis, qui coexistent avec les vins portant des dénominations d’origine européenne.
L’accord signé, qui est le fruit de 20 ans de tractations, arrive à un moment charnière pour le secteur vitivinicole mondial. Alors que la demande en volume ne cesse de diminuer, les exigences des consommateurs en termes de qualité et de lisibilité des produits progressent. Dans ce contexte, l’Union Européenne occupe toujours une place prédominante. Elle représente 45% des superficies viticoles du globe, 65% de la production, 57% de la consommation mondiale et 70% des exportations mondiales. Pourtant, avec cet accord, elle semble être en contradiction avec la politique de qualité qu’elle souhaite développer par ailleurs en matière agricole à l’intérieur comme à l’extérieur de son territoire. En effet, s’il est nécessaire de revoir, notamment en France, les règles qui régissent les pratiques et les appellations liées aux métiers de la vigne et du vin, cet accord risque de ne pas garantir les principes même qu’elle entend défendre.


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