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Zone euro : les futurs pays entrants sont sceptiques

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Alors que l’éclatement de la zone Euro devient un scénario qui gagne en probabilité, on a souvent tendance à oublier que pas moins de sept pays sont censés adopter la monnaie unique au cours des prochaines années. Certes, le Traité d’Athènes ne fixait pas de date limite pour l’adhésion des nouveaux membres de l’UE à la zone euro, mais la Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la République Tchèque, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne sont tenus de suivre l’exemple de leurs prédécesseurs slovène, chypriote, maltais, slovaque et estonien.

Dans cette optique, la Commission européenne commande très régulièrement des études de suivi sur l’opinion des NMS7 (pour les « 7 New Member States ») quant à l’euro. Études régulières donc, qui nous permettent de mesurer l’évolution de l’opinion dans cette zone. Réalisée en mai 2011, la dernière vague de cette enquête n’a pas pu prendre en compte les derniers éléments de la crise économique financière européenne, mais elle reste particulièrement éclairante sur l’avenir de la zone euro.

Défaut d’information

Premier enseignement de l’enquête, les habitants des NMS7 se montrent peu informés quant à l’entrée de leur pays dans la zone euro. Deux tiers (65%) d’entre eux la jugent facultative et considèrent que leur pays a le choix de conserver sa monnaie nationale ou d’adopter l’euro (contrairement aux principes du Traité d’Athènes), contre un quart (26%) qui considèrent à raison qu’ils n’ont pas le choix. De même, seul un quart des habitants des NMS7 savent que la zone euro est composée de 17 pays, contre 45% qui en voient moins (6 ou 13), 5% davantage (27) et 24% qui ne s’expriment pas. Un défaut d’information dont les répondants ont par ailleurs bien conscience : une large majorité d’entre eux (58%) se disent « mal » (42%) ou « très mal » (16%) informés...

Un soutien à l’adhésion en berne

Le soutien pour l’introduction de l’euro dans les NMS7 s’effrite constamment depuis mai 2009. Il a aujourd’hui retrouvé un niveau seulement observé en mai 2005, qu’on ne saurait qualifier d’étiage tant la tendance est baissière. Seuls un tiers (34%) des habitants des NSM7 se disent en 2011 « en faveur de » l’introduction de l’euro, en baisse de 6 points sur un an. 45% s’y disent au contraire « opposés » (+2), dont 14% (soit près d’un habitant sur sept) « tout à fait opposés », du jamais vu depuis 2004. Une opinion qui non seulement se dégrade, mais se cristallise, donc.

Comment expliquer cette défaveur croissante ? D’une part, les habitants des NMS7 sont pour le moins partagés sur les conséquences de l’introduction de l’euro pour leur pays : 43% jugent qu’elle aura des conséquences « positives » (dont 10% très positives), contre 43% qui les anticipent « négatives » (dont 16% très négatives). Seule une minorité s’attend à ce que l’euro assure des finances publiques plus saines (39%), de faibles taux d’intérêt (38%), de meilleurs taux de croissance et d’emploi (38%), et qu’il protège leur pays des effets des crises internationales (34%).

La peur de l’inflation

Mais au-delà de cette appréhension « nationale », les habitants redoutent surtout des conséquences à leur propre niveau individuel : 40% d’entre eux les considèrent positives (dont 11% très positives), contre 45% négatives (dont 18% très négatives). Certes, ils admettent volontiers que l’introduction de l’euro serait plus pratique pour les voyages (91%), les achats (85%), la comparaison des prix (79%) dans les autres pays de la zone euro, mais ces conséquences pratico-pratiques pèsent peu face à une angoisse majeure : celle de l’inflation.

De fait, une très large majorité anticipe une augmentation des prix liée à l’introduction de l’euro (70%, contre 19% qui considèrent que l’euro participerait à la stabilisation des prix), notamment du fait d’abus et de tricheries sur les prix lors de la transition (74%). Ils rejoignent en ce sens les européens qui ont déjà adopté l’euro, dont 68% estimaient en 2009 que l’inflation est plus élevée dans leur pays depuis l’introduction de la monnaie unique.

Chi va piano...

In fine, les habitants des NMS7 anticipent donc des conséquences principalement négatives de l’introduction de l’euro dans leurs pays respectifs, notamment parce qu’ils anticipent une hausse des prix. Et conséquemment ne se montrent donc pas pressés de passer à l’euro : moins d’un sur cinq (19%) souhaitent l’adopter « aussi vite que possible », un tiers (34%) « dans un certain temps » et quatre sur dix (40%) « aussi tard que possible ». Un attentisme qui pourrait être renforcé par la gestion de plus en plus « zone eurocentrique » de la crise qui secoue le Vieux Continent, laissant entrevoir une fracture durable entre les insiders et les outsiders de l’euro...


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Pierre Jougla

Pierre Jougla, diplômé de l’IEP de Bordeaux et de l’Université de sciences politiques de Cardiff, travaille aujourd’hui au sein du département Politique d’un institut de sondage. Il a publié Les usages politiques d’Internet, in. L’Etat de l’opinion (...)

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