Les élections législatives de la semaine dernière ont eu lieu dans un contexte politique européen tendu. Dans les jours précédant le scrutin, la pression des marchés avait fait tomber deux gouvernements européens, ceux de Georges Papandréou et de Silvio Berlusconi. Le cas espagnol, s’il a lui aussi clairement été poussé par les marchés, s’inscrit dans une ligne légèrement différente puisque le premier ministre sortant, le socialiste Jose Luis Zapatero, avait annoncé dès le mois d’aout la tenue d’élections anticipées, faisant également savoir qu’il ne s’y présenterait pas.
Le parti populaire, dont la victoire était annoncée, a gagné ces élections par un résultat historique : il obtient 186 députés au Congrés, le plus haut score enregistré depuis le retour à la démocratie, contre seulement 110 pour el PSOE, qui perd 59 sièges et surtout 4,3millions d’électeurs. Comme prévu, les Espagnols ont donc sévèrement puni le gouvernement socialiste sortant, dont les sévères mesures d’austérité n’ont su empêcher le pays de se retrouver dans une situation économique dramatique, avec notamment 22% de chômage (le plus haut niveau depuis 15 ans.
Dans une telle situation, la victoire du PP est tout sauf euphorique, d’autant plus lorsque l’on se penche de plus près sur le contexte politique dans le quel elle a eu lieu. L’abstention, certes de manière moins forte que prévue, pour atteindre 29%. Surtout, nombre d’observateurs espagnols ont vu dans ces élections du 20 novembre une simple « formalité » destinée avant tout à rassurer les marchés et non à dessiner une perspective politique pour le pays. La pauvreté de la campagne électorale et l’absence de tout programme politique concret de la part des deux principaux candidats n’ont en effet pas manqué de conforter dans leur opinion les déçus de la politique espagnole, pour qui ces élections ont surtout constitué une parodie démocratique.
Les Espagnols ne semblent donc pas avoir choisi Mariano Rajoy et le Parti populaire comme une option politique. Au contraire, ils semblent involontairement avoir participé à un plébiscite sur l’appropriation politique et démocratique par les marchés de l’Etat de droit. Malgré les élections, le retour du parti populaire au pouvoir laissent le même goût que les chutes respectives de M. Papandreou et Berlusconi : celui d’une situation dans laquelle les acteurs politiques nationaux ne contrôlent plus les règles du jeu démocratique. La légitimité obtenues dans les urnes par Mariano Rajoy semble au final aussi artificielle que dans les deux autres cas, particulièrement dans le contexte d’une Espagne « indignée » et privée d’une vraie campagne électorale.
Cette victoire de la droite espagnole, qui a déjà une grande puissance politique à l’échelle locale et régionale, impose néanmoins au parti populaire un devoir de responsabilité politique à l’heure de gouverner : il devra faire face à un pays en crise asphyxié par le chômage et sur le point de tomber dans une profonde récession. Si Mariano Rajoy a déjà annoncé des sacrifices et des larmes pour rétablir l’équilibre budgétaire, il y a encore beaucoup d’inconnues quant au contenu du programme du parti populaire. Les marchés restent préoccupés sur l’apparent manque de leadership et de volonté politique du futur président du gouvernement. D’autant plus que bien que disposant de la majorité absolue, le parti populaire devra éviter de tomber dans l’autisme et opter pour une gestion ouverte au dialogue et la coopération avec tous les partis qui ont obtenu une représentation parlementaire ainsi qu’avec les partenaires sociaux.

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Les « indignés » des grandes villes espagnoles, force sociale depuis ces derniers mois mais grande absente de la campagne électorale écoulée
Source : calafellvalo, flickr.com
Mariano Rajoy devra toujours se rappeler que plus qu’un vote d’adhésion à sa personne, les Espagnols lui ont accordé une confiance résignée pour sortir le pays de la crise. Quant aux investisseurs, le changement de gouvernement ne semble pas leur avoir inspiré une grande confiance quant à la capacité du pays à améliorer rapidement la situation économique et budgétaire. L’UE a averti que si le nouveau gouvernement n’adopte pas une politique courageuse d’austérité l’Espagne n’aura pas d’aide extérieure.
Mariano Rajoy a probablement profité de sa victoire ces derniers jours, mais les élections de ce 20 novembre laissent pour l’instant l’Espagne sous d’épais nuages noirs. Le pays se dirige tout droit vers la récession et les prévisions annoncent une croissance zéro jusqu’à 2013, au moins. Pour Rajoy, cette victoire à la troisième tentative est celle de la persévérance, mais il lui reste à démontrer par les faits que son ambition politique ne se résume pas à cela.


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Spain : Rajoy – a triumphant, yet unconvincing victory